‹ Excursions en Roumélie et en MoréeChapitre 108 sur 339 · PARTIE III. — LIVRE II · texte numérisé non relu

PARTIE III. — LIVRE II

gardiens de le laisser passer sous les fenêtres de la maison occupée> par son frère Constantin et par son fils George , que le Président faisait surveiller par deux soldats. Constantin et George Mavromikhalis remarquèrent avec stupeur l'attitude et la pâleur du chef maïnote , qui , habitué à la vie des montagnes et des camps , subissait depuis neuf mois les ennuis de la captivité: «Comment étes-vous.^» lui dirent-ils avecin-r quiétude. «Vous le voyez, » répondit tristement le vieillard , et il continua son chemin d'un air découragé. George Mavromikhalis, qui le suivit longtemps des yeui, n'avait pas besoin d'un pareil spectacle pour sentir bouillonner dans ses veines le sang d'une race essentiellement belliqueuse. Beau, élégant, d'une valeur digne de son nom , d'une impétuosité facile à comprendre chez le représentant le plus complet d'une féodalité indomptée, George se crut appelé à jouer dans la Grèce moderne le rôle des meurtriers d'Hippias et d'Hipparque. Déjà il s'était entretenu avec son oncle du projet qu'il nourrissait de tuer «le tyran. > Dans la péninsule orientale, le christianisme n'a pas fait disparaître toutes les traditions des temps antiques. L'idée d'en

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appeler à la force pour obtenir justice semble encore assez naturelle. La domination ottomane, fondée sur la violence , a encore fortifié les préjugés de la civilisation antérieure à TEvangile. Faut-il s'en étonner ? L'esprit pacifique du monde nouveau , qui fait planer la loi au-dessus des rancunes les plus fondées , n'a-t-il pas triomphé très-difficilement en Occident et seulement dans les derniers temps? Les Mémoires sur les grands jours <r Auvergne par Tévêque Fléchier montrent combien il était encore dédaigné au siècle de Louis XIV. Il n'est donc pas surprenant qu'à la fin d'une période de luttes terribles, souvent compliquées par la guerre civile, le fils d'un prince de la Maïna n'ait pas craint de se mettre sous la protection de la Panaghia avant de commettre un assassinat. A Naples ou à Séville, ce genre de piété n'exciterait pas encore beaucoup d'étonnement.

Après avoir vu son père accablé sous le poids de la captivité , George Mavromikhalis passa la nuit à se préparer à la vengeance. Les surveillants étaient gagnés. Il put donc aisément se diriger avec son oncle vers l'église de Saint-Spiridion où le Président assistait à la liturgie. En entrant, il

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