PARTIE III. — LIVRE II
alla embrasser avec ferveur l'image de celle qui porta dans son sein n le prince de la paix , » puis il vint, sans manifester aucun trouble, rejoindre Constantin Mavromikhalis à la porte de l'église. Lorsque Gapodistrias se montra , accompagné de deux gardes , il sembla d'abord décidé à éviter les deux Maïnotes en entrant dans une maison voisine. Mais, honteux, à ce qu'il pai^ait, de sa prudence, il continua sa route. Au moment où il ôtait son chapeau , pour saluer les Mavromi* khalis qui avaient porté la main à leur bonnet , il tomba frappé de deux balles au front. George se précipita sur lui et lui plongea son yatagan dans le flanc. Dans le tumulte qui suivit la mort du Président, Constantin fut tué par un Souliote; mais George parvint à se sauver chez le résident de France, d'où il ne sortit que pour aller au Palamidi. Condamné à être fusillé avec les deux hommes chargés de le garder , il fut conduit au bord de la mer le 10/22 octobre 1831 et exécuté au milieu d'une foule immense. Le dernier bey de la Maïna, dont la famille avait été décimée sur les champs de bataille , vit des fenêtres de sa prison , marcher au supplice d'un pas résolu et d'un air intrépide le beau et fier
jeune homme qui était Tespérance de sa maison. Après avoir remis à son confesseur le souvenir destiné à sa jeune femme, un riche cachemire qui lui servait de ceinture et qui ornait l'éblouissant costume des seigneurs féodaux des montagnes lacédémoniennes , il recommanda noblement aux Hellènes Tunion et la concorde, si nécessaires à l'affermissement de leur indépendance , se mit à genoux pour recevoir la bénédiction de son vieux père, et commanda luimême le feu , regrettant sans doute , à ce moment suprême, de ne pas mourir comme les héros de son sang d'une balle musulmane. George Mavromikhalis n'avait que trente-deux ans!
A peine Goletti avait -il appris le meurtre du Président qu'il fit prendre les armes à ses pallicares et qu'il convoqua le sénat épouvanté. Les sénateurs s'empressèrent de nommer une commission executive de trois membres, Goletti, Golocotronis et le comte Augustin Capodistrias, commission qui devait gouverner jusqu'à la réunion de l'assemblée nationale convoquée à Argos. Goletti qui voyait arriver le jour attendu avec tant de patience, ne devait pas