PARTIE II. — LIVRE IV
pendance, l'Ëtatse trouva ainsi maître des deux tiers du sol. La sécularisation d'une grande partie des monastères, en 4833 , étendit encore les limites de ce domaine. Outre ces biens nationaux proprement dits, il en existe d'autres, cultivés et transmissibles par des particuliers, sans que le sol ait cessé d'appartenir à l'État. En effet , avant la révolution de 1843, une loi destinée à introduire un peu d'ordre dans le chaos de la propriété permit aux paysans établis sur les terres du domaine de les cultiver provisoirement en payant une redevance. Dans un pays où l'empire de la loi était encore faible , ce système encourageait la mauvaise foi en donnant au cultivateur une grande facilité pour usurper le sol qu'il fertilisait et pour se substituer à l'état. Aussi, surtout dans le Péloponèse, dont la population est la plus agricole de la Grèce , a-t-on lai'gement profité de cette facilité, et le droit de l'État s'y trouve fortement ébranlé. Quelques personnes des classes supérieures n'ont pas dédaigné d'imiter les campagnards. Malgré ces usurpations, il reste à l'État un domaine assez considérable pour qu'il doive songer à le transmettre à des particuliers, l'intérêt personnel
étant beaucoup plus capable que l'administration la plus active de tirer du sol tout le parti possible.
La réforme de l'impôt prélevé sur les céréales serait aussi une mesure fort utile. Depuis longtemps la dîme est jugée. Chacun sait quelles entraves elle oppose au développement de l'agriculture. Aussi la célèbre Constituante française a-telle aboli « toute espèce de dîmes. î Dans l'Europe orientale, ce système a des inconvénients spéciaux , parce que l'on n'a pu encore obtenir des fonctionnaires la sévère probité que leur ont forcément imposée dans l'Occident libéral les révolutions de 1688 et de 1789. Sans doute il ne se passe en Grèce — depuis qu'on a substitué à la ferme des dîmes la perception directe par le trésor — rien de pareil à ce que M. le baron de Berg a vu dans le Banat*. Cependant la dîme y est regardée comme aussi préjudiciable au trésor qu'au progrès de l'agriculture , la perception directe mettant à la charge de l'Etat de lourdes dépenses et nécessitant une surveillance qui n'a pas toujours été assez efficace. Si les paysans
* Voy. E. de Berg, Aus dem Osten der œsterreichiscken Mo^ narchie^ ein Lebensbild von Land und Leuten, Dresden 1860.