‹ Excursions en Roumélie et en MoréeChapitre 111 sur 339 · PARTIE III. — LIVRE II · texte numérisé non relu

PARTIE III. — LIVRE II

chefs du parti russe avec plus de soin que les principaux personnages du parli occidental. Faut-il conclure de ces réflexions que Capodistrias était un patriote décidé , comme Grégoire Ghika et Marcos Botzaris, à sacrifier sa vie aux intérêts du pays ? Rien dans son existence ne fait supposer une pareille abnégation. Il semble ^ au contraire, qu'il n'ait jamais séparé son projet de régénérer la Grèce, des intérêts de sa propre grandeur. Peut-être ne trouvera-t-on pas vraisemblable en Occident qu'un diplomate ait conçu le projet de devenir l'arbitre des destinées de sa patrie. Mais l'Europe orientale a vu, de nos jours, des fortunes bien plus extraordinaires! Tserni-George , le restaurateur de la Principauté de Serbie, était un simple paysan, et le prince Milosch Obrénovitch a commencé par être pâtre dans la maison de son beau-père Obren. Capodistrias ne pouvait-il pas penser que les Hypsilantis , les Soutzos , les Mavrocordatos et les Mavromikhalis^ ne voulant pas s'entendre pour confier au plus digne des princes du Phanar ou des chefs de la Maïna le gouvernement de leur pays, se résigneraient à subir, au lieu d'un ancien adversaire, un homme que son éloignement

avait tenu en dehors des luttes de tous les partis? L'appui des Hellènes les plus attachés à rÉghse orthodoxe était, en outre, propre à fortifier ces espérances; car on sait de combien de moyens d'action dispose la hiérarchie ecclésiastique , surtout dans un pays éminemment reUgieux. En Occident, cette considération n'at-elle pas de nos jours rangé du côté de la papauté des hommes qu'on sait assez indifférents aux questions théologiques ? Mais pour atteindre le but élevé que Capodistrias entrevoyait à l'extrémité de sa carrière , il eût fallu ménager l'amourpropre singulièrement irritable des méridionaux. J'ai été plus d'une fois frappée de l'adresse singulière du vieux prince de Serbie. Quoiqu'il n'eût reçu aucune espèce d'éducation , — puisqu'il ne savait pas même lire — cet intrépide soldat, qui fut la terreur des sultans de Stamboul, montrait ordinairement une finesse extraordinaire. Il aimait à se servir du nom de «frère» en s'adressant aux chefs remuants de la Serbie , il usait de toute la dextérité slave pour les faire entrer dans ses vues , et ce vieillard qui avait bravé tant de dangers dans la guerre de Tindépendance, semblait redouter une parole mal-

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