PARTIE III. — LIVRE III
reux subissent moins les révolutions de la mode, il n'est pas surprenant que ]e pontife qui passait pour avoir fait renaître tant d'âmes « par la fontaine de vie > , ait reçu le soin de protéger les chrétiens naviguant sur les eaux où l'on plonge les enfants — les Orientaux ont conservé le baptême par immersion — que l'on veut baptiser. Du reste , cette protection n'inspire aux matelots grecs qu'une confiance limitée. Ils ont soin, en passant devant les promontoires les plus dangereux, de jeter à la mer quelques dons propres à leur assurer la bienveillance de la capricieuse divinité. Si M. Gaudry avait connu cet usage, il aurait été moins étonné de voir les insulaires de Cypre célébrer avec un véritable enthousiasme «la fête de la mer*.»
En donnant à la ville nouvelle, bâtie auprès du vieux Syros , le nom d'HermopoUs , les Hellènes ont montré une fois de plus qu'ils n'oubliaient jamais les anciens dieux , dont le souvenir est inséparable de l'époque la plus mémorable de leur glorieuse histoire. Hermopolis, chef-lieu de la nomarchie des Gyclades , est aujourd'hui
* Voy. Tarticle sur Chypre dans la Revue des Deux-Mondes de 1861.
S^S EUBÉË ET GYGLADES.
la seconde ville du royaume. L'île est, dans le royaume, le foyer du catholicisme romain. Louis XIII y fonda une maison de capucins ; Tamant deM^^e de Porapadour y établit les jésuites, et, après la suppression de cet ordre , Louis XVI y envoya ces Lazaristes persécuteurs dout M. Michelet a tracé un si effrayant portrait dans Louis XIV et la révocation de redit de Nantes. Lorsque Tourneforty aborda, il déclara l'île «la plus catholique de l'Archipel. » A l'époque de l'insurrection , Syros aurait dû suivre le glorieux exemple de Spetzia et d'Hydra. Mais on sait le peu de goût que les partisans du pape ont poui^ la cause des nationalités. Ce qui s'est passé en Angleterre au temps de l'invincible Armada , en France (1792 et 1815), en.Espagne (1823), en Italie (1848) le prouve assez. Les catholiques romains n'ont pas agi autrement en Bosnie , en Albanie et en Grèce. « Toutes les îles , dit un écrivain français , le colonel Vouttier, ont, dans le principe , arboré avec amour la croix de la liberté ; l'île de Syra seule a pu résister à cet élan généreux. Les habitants du rite catholique crurent devoir séparer leur sort de celui de leurs frères. Je ne sais s'ils en sont plus estimables à