‹ Excursions en Roumélie et en MoréeChapitre 126 sur 339 · PARTIE III. — LIVRE III · texte numérisé non relu

PARTIE III. — LIVRE III

d'autres yeux ; mais sûrement ils sont couverts du mépris de la nation ; et quand la Grèce aura reconquis son affranchissement, comme ils n'auront pas partagé ses dangers, ils seront indignes de partager son bonheur*.» Bory de Saint-Vincent, naturaliste philosophe, qui visitait Syros quelques années plus tard, n'y trouva pas plus de patriotisme. Il n'a point dissimulé la surprise que lui causait la conduite des insulaires envers les victimes de l'islamisme. «Ceux qui se réfugièrent à Syra sont sans exception du rite d'Orient ; et les Latins les voyant avec jalousie porter sur leur sol natal d'autres superstitions que celles où les Jésuites les avaient courbés , s'en tiennent séparés, comme s'ils étaient pestiférés. Ils leur ont abandonné le rivage , et demeurant perchés sur la pointe de leur pain de sucre, ils ne souffrent pas que les nouveaux venus s'y viennent établir. » — «J'ai vu, ajoute avec étonnement le savant naturaliste , des hommes appartenant à l'ancienne population affecter, en estropiant l'italien ou le français, de ne pas entendre la langue de leurs compatriotes, maudire Vaffran-

* Mémoire sur la guerre des Grecs. M. About a constaté les mêmes faits.

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chissement de la Grèce et regretter la domination turque. » M. Ami Boue a constaté le même fait chez les Slaves : «Personne ne pense guère, dit-il, du moins parmi les Slaves à devenir le bourreau de son frère... Les seuls Bosniaques catholiques ont fait quelquefois exception à cette règle en trahissant par pique religieuse leurs compatriotes de TÉglise grecque*. »

Ces faits doivent être sérieusement médités par les écrivains qui recommandent naïvement aux nationalités orientales une prompte soumission à l'Église romaine comme le meilleur moyen d'arriver à l'indépendance !

On a dit souvent que l'attachement de quelques Orientaux au catholicisme romain est le résultat d'un penchant décidé vers la civilisation. Cette assertion paraîtra bien étrange à tous ceux qui ont vu les populations catholiques de l'Europe orientale. Bory de Saint-Vincent permet d'en juger : « Je voulus , dit-il , monter dans la cité latine, la malpropreté m'en fit horreur; les pourceaux en liberté pullulaient dans les étroits intervalles qui, tenant lieu de rues, séparent irrégulièrement les maisons entassées l'une sur

* Turquie d'Europe y H, 134.

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