PARTIE III. — LIVRE III
pas conservé quelques-unes des qualités qui ont assuré à ses marins une si grande réputation dans Tantiquité. La curiosité et l'esprit de discussion, qui sont chez les Hellènes une passion véritable , éveillent l'esprit du plus simple matelot. Chaque membre de l'équipage, au lieu de dormir sur les deux oreilles , en laissant toute la sollicitude au capitaine et au pilote, tient à se rendre un compte exact de la route qu'on suit, des écueils qu'on redoute, des variations du vent. Tandis qu'il raisonne avec ses camarades sur les moindres détails de la manœuvre, il s'informe des abris, des mouillages, des droits à payer dans les ports , du prix de vente et d'achat des marchandises. Il ne faut pas s'étonner de voir ces marins actifs et curieux acquérir sans peine les connaissances pratiques nécessaires au pilotage , et fournir des pilotes à toutes les marines militaires qui fréquentent ces mers et
même aux navires qui vont sur les côtes de Syrie, de Garamanie et d'Egypte. Quand ils restent sur les vaisseaux de leur nation, leur intelligence, qui ne s'engourdit jamais , leur permet dans les accidents si fréquents en mer de montrer une dextérité et une présence d'esprit fort rares dans
les autres marines. Aussi leurs navires , quoique économiquement construits et pauvrement équipés , bravent-ils les tempêtes de l'Océan et même ce golfe de Gascogne si funeste, chaque année, au commerce de la Grande-Bretagne. Dans un pays où tout le négoce se fait par mer, les qualités que je viens de signaler chez les marins ont une importance impossible à contester.
Le développement de la marine hellénique, de-* puis la guerre de Tindépendance, prouve quel est le penchant des Hellènes pour la navigation. Au commencement de la lutte, la Grèce ne possédait guère que 449 bâtiments jaugeant 52,000 tonneaux. Ces navires employés à la guerre y subirent des avaries de toute espèce. Cependant en 1857, le royaume avait déjà 4,339 bâtiments jaugeant 325,000 tonneaux, et montés par 29,000 marins*. Ce nombre a peu diminué puisque M. Soutzos, professeur d'économie politique à l'Université d'Athènes, portait en 4861 le nombre des marins à 27,000. La légère diminution constatée par M. Soutzos s'explique par la redoutable concurrence que la vapeur tend à faire aux Hellènes dans la Méditerranée et dans la mer Noire.
' Rapp; du ministre' des finances» M< Coumoundouros, p. 10-11.