‹ Excursions en Roumélie et en MoréeChapitre 132 sur 339 · PARTIE HT. — LIVRE III · texte numérisé non relu

PARTIE HT. — LIVRE III

dence déplorable dans laquelle elle est tombée , et malgré les nombreux ravages du temps et des hommes qu'elle a subis , malgré l'administration funeste qui , depuis trois siècles , pèse sur elle et qui Fa réduite, à force d'abus et d'exactions, à Tétat de délabrement et de dépopulation où nous la voyons maintenant, sa position est si heureuse, son climat si doux et la richesse de son sol si vivace et si variée, qu'elle a pu résister avec avantage à tant de causes de ruine et d'épuisement. »

Les îles asiatiques de la mer Egée , toiles que Lemnos, Samos, Lesbos^ Chios, Rhodes, etc., sont habitées par une population hellénique qui s'irrite de son long esclavage. Les braves Samiens ont assez prouvé dans la guerre de l'indépendance combien ils étaient fatigués de la domination musulmane. La patrie de Pythagore n'a pas complètement perdu ses efforts. Elle n'est pas retombée comme Chios sous le joug de rislam'; mais elle obéit à un prince chrétien, vassal du sultan. Mon cousin, le prince Jean Ghika , a été , en 4 856 , chargé de gouverner cette île * ; tâche dont il s'est acquitté avec beau-

* Voy. Vapereau, Dictionnaire des contemporains ^ art. Ghika.

coup de sagesse. Préparé au gouvernement par une étude approfondie de l'économie politique , trop rare en Orient , il a su s'y faire aimer et doter Samos d'institutions utiles. Les autres îles helléniques, sous la main des pachas, telles que Rhodes , Cypre , n'ont fait aucun progrès depuis la guerre de l'indépendance.

Les îles Ioniennes , république restée sous le protectorat anglais, ont, au contraire, vu s'améliorer leur condition matérielle depuis le commencement du siècle. Mais ces incontestables avantages ne leur feront jamais oublier qu'elles sont grecques , et qu'elles sont appelées , tôt ou tard, à faire partie du royaume hellénique».

Sans doute la Grèce ne doit jamais perdre de vue les grands intérêts qui la rattachent à l'Épire , à la Thessalie , à la Macédoine méridionale^ où sont restés esclaves 700,000 labou-

* Voy. mes articles sur les îles Ioniennes^ publiés par la Revue des Deux-Mondes et traduits à Athènes par M. Rhally (1859, chez Irinidis). Il est à regretter qu'un Ionien n*ait pas fait un travail vraiment approfondi sur ce sujet. J'ai dit pour quels motifs j'étais loin d'adopter toutes les vues de M. Lountzi. J'ai prouvé que j'aimais autant que personne Théroïque Venise; mais il m'est impossible d'identifier sa cause avec une aristocratie dont les actes despotiques et injustifiables appartiennent à l'histoire. « J'aime Platon , mais j'aime encore mieux la vérité ! »

Page 1