PARTIE III. — LIVRE III
reurs hellènes de race pure. Mais il est surtout essentiel qu'un peuple de marins tourne ses regards vers ces îles dont quelques-unes ont été des royaumes , et dont la position permettrait à la Grèce d'étendre son influence sur l'Afrique et sur l'Asie-Mineure. La Crète regarde TÉgypte, où des rois grecs ont autrefois succédé aux Pharaons; Cypre, autre grande île de la Méditerranée , est vis-à-vis de la Syrie où ont régné des capitaines sortis des camps d'Alexandre-le-Macédonien * ; Rhodes et Chios sont en face de cette Anatolie, où Smyrne voit renaître la splendeur des anciennes cités grecques. Unissez avec Athènes renaissante, Corfou , la Crète, Cypre et Rhodes , vous verrez grandir un état maritime qui contribuera puissamment à rendre à la civilisation chrétienne, c'est-à-dire au mouvement et à la vie , une des plus belles parties de l'univers.
On s'étonne que depuis la fin de la guerre de l'indépendance nous n'ayons pas vu se produire
* Voy. rintéressant ouvrage de M. A. Sakélarios , intitulé : Cyptiaques, Athènes 1835. Cet ouvrage est un traité complet de rarchéologie, de la statistique, de Thistoire, de la mythologie et du dialecte de Cypre.
dans les provinces helléniques un mouvement analogue à celui qui vient de transformer l'Italie. Faut'il en conclure , comme on Fa fait , que la nationalité pour laquelle les Karaïskakis, les Miaoulis et les Canaris ont combattu avec tant de bravoure , est devenue incapable de constituer son unité, et de reprendre la place qui lui appartient parmi les nations ? Il me semble que tout esprit impartial , après s'être rendu compte des circonstances où s'est trouvée placée la Grèce depuis l'établissement de la monarchie, se gardera bien de prononcer contre elle une sentence d'impuissance.
Je n'ai pas assurément dissimulé les fautes de la République hellénique. J'ai parlé sans détours des querelles des chefs , des prétentions des primats, des stériles agitations ou des colères aveugles des multitudes. Ces excès ont paru une raison sufBsai\te pour détruire une forme de gouvernement qui convient évidemment à certains peuples et à certaines circonstances. Cependant on ne saurait contester que l'espèce humaine ne s'est élevée nulle part à la hauteur qu'elle a atteinte dans les républiques d'Athènes et de Florence. Même dans la Grèce moderne.