PARTIE III. — LIVRE III
les glorieux souvenirs de la démocratie athénienne n'ont pas été sans influence sur les caractères et sur les événements. Malgré les erreurs qui devaient amener sa chute , la République a rendu au pays des services qu'aucun Hellène ne saurait nier sans ingratitude. Elle a accompli Tœuvre qui rendait M. Berryer lui-même indulgent pour la Convention nationale , sans se souiller des honteuses concessions aux fureurs populaires ou des crimes prémédités qu'on peut reprocher aux Girondins * et aux Montagnards ; sans avoir eu recours ni à l'affreuse lanterne , ni à l'horrible guillotine, ni aux septembriseurs de Paris, ni à la mitraillade de Lyon, ni aux noyades de Nantes.
On s'attendait généralement à voir la monarchie donner à la Grèce les avantages que la République n'avait pu lui assurer. Malheureusement le roi était trop jeune pour s'occuper des affaires d'un pays auquel il était complétemeîit étranger par la langue, par la religion, par les irrésistibles tendances de sa race qui diffère profondément de la race pélasgique. Aussi, malgré l'accueil bienveillant qu'il reçut, l'installation
* Voy. L. Blanc, Histoire de la révolution.
266 EUBÊE ET GYGLADES«
d'un nouveau gouvernemeni à Naupli ne rendît pas à la Grèce la paix dont elle avait un si grand besoin. Le roi Louis en envoyant en Orient son fils mineur, l'avait confié à trois régents bavarois, MM. d'Armansperg , G. L. de Maureretle major-général deHeideck, fils d'un Suisse, dont j'ai admiré les belles fresques à la glyptothèque de Munich^ M. d'Abel, qui a joué depuis un rôle en Bavière, comme champion du parti ultra-catholique et comme premier protecteur de Lola avec laquelle il finit par se brouiller, M. d'Abel était chargé des fonctions de secrétaire de la régence. Des troupes venues de la Bavière devaient appuyer le nouveau gouvernement , et les trois puissances protectrices , l'Angleterre , la Russie et la France * garantissaient un emprunt de 60 millions destinés à lui fournir tous les moyens d'action. En réalité, la Grèce tombait sous un protectorat , et ce protectorat devait être exercé par les alliés intimes de la puissance qui s'était montrée la plus hostile à son indépen-
* Les chevaux du Soleil sont surtout remarquables.
* Cette «protection» n'est pas exempte de toute analogie avec le protectorat que la Turquie et la Russie avaient sur les provinces roumaines avant le traité de Paris.