PARTIE II. — LIVRE IV
fond (les entrailles à la terre qui le nourrit avec sa famille, un seul agriculteur vaut mieux pour un pays qu'une douzaine de citoyens livrés à des spéculations sur les fonds publics. L'empire romain lui-même, quoiqu'il disposât des trésors de l'univers, a péri sous les coups de quelques hordes sauvages, lorsque la vigoureuse population agricole qui produisait les Cincinnatus et les Dentatus eut été remplacée parla race a\ide, servile et paresseuse, dont Tacite , dans ses immortels tableaux , nous a laissé un si triste portrait*. Il va sans' dire que ces observations n'ont point pour but de diminuer la considération méritée dont jouit le véritable commerce , qui n'a rien de commun avec l'agiotage et qui rend à la civilisation générale des services si éclatants. D'ailleurs, l'exemple de l'Angleterre et de la Hollande prouve que le négoce , établi sur des bases véritablement économiques, ne nuit ni à l'agriculture ni au caractère viril des nations , qui y trouvent une source très-respectable de richesses et de grandeur.
* La multiplication des employés serait le meilleur moyen de former cette race. Or, en 1853 déjà, 12,549 personnes étaient en Grèce à la charge du budget (Spiliotaky , Renseignements statistiques sur la Grèce).
Il résulte de ces faits que la majorité de la classe agricole, c'est-à-dire les petits propriétaires, est réduite à Timpuissance par Tusure qui la dévore. Dans les propriétés considérables qui se trouvent encore en Eubée , dans la Phthiotide et dans TAttique , ceux qui font cultiver leur bien par des journaliers , peuvent en obtenir un revenu très-satisfaisant. Mais ils doivent se résigner à résider sur leurs terres , la ressource du fermage manquant absolument. Pour que le fermage devînt possible, il faudrait que le cultivateur pût, comme en Occident, recourir au crédit. Il est bien vrai que, au commencement de 4842 , une banque nationale a été fondée , grâce aux capitaux fournis par des particuliers. Ceuxci, tout en faisant une œuvre d'une grande utilité pour leur pays , ont retiré de cette opération financière un intérêt qui , partout lailleurs , semblerait suffisant. Les dividendes qui , dès la première année, ont été de 7 et 1/3 p. 100, ont encore progressé. En 4846, ils donnaient déjà 40p. 400. Dans une pareille situation, il est évident que la banque serait en mesure de venir en aide à la détresse de l'agriculture et que nonseulement elle ne s'exposerait à auc^m danger