PARTIE III. — LIVRE III
geait à se montrer peu difficile. Cependant larenaissance des études juridiques et la publication des codes tendaient à améliorer la situation , lorsque le déplorable acharnement qui se manifesta contre les hétérochthones , après la révolution de 1843 , bouleversa les tribunaux. On arracha brutalement de leurs sièges des Hellènes dont le seul crime était de n'être pas nés dans ces étroites limites qu'on reprochait tant à la diplomatie européenne d'avoir données au royaume. Il est vrai que la constitution rendit à la cause de la justice un service éclatant en déclarant que la magistrature devait être inamovible. Depuis qu'on est sorti du chaos du moyen âge , l'inamovibilité a été reconnue comme nécessaire à la bonne administration de la justice par des princes aussi jaloux de leur autorité que. Louis XI* et Napoléon. L'indépendance dont les tribunaux de France et d'Angleterre ont donné plus d'une preuve, est avec raison attribuée à l'inamovibilitée de la magistrature.
Malheureusement , s'il est aisé de rendre des décrets en Orient, il est encore plus facile d'en faire une lettre morte. Une loi devait , cinq ans
« Édit du 21 octobre 1467.
après la promulgation de la constitution , déterminer l'époque où le principe de rinaraovibilité serait mis en vigueur. Or, en 1864, les juges étaient restés amovibles , c'est-à-dire qu'ils continuaient d'être dans la dépendance absolue du pouvoir. Cette insouciance se comprend d'autant moins que des actes singulièrement arbitraires ont été reprochés au gouvernement par les écrivains les moins révolutionnaires de l'Europe. Mine la comtesse de Gasparin — pour n'en citer qu'un seul — explique par des manœuvres odieuses ou brutales , qu'on trouvera racontées dans son livre * , e cette étrange anomalie d'un pays où l'opposition existe très-prononcée— très-vivace — très-palpable, et d'une chambre m enhcr gouvernementale, d Le meilleur moyen de répondre à ces graves accusations ne serait-il pas l'organisation de tribunaux assez indépendants et assez respectés pour protéger la liberté individuelle même « contre les agents armés de gourdins ? d Autrement on s'exposera toujours à entendre dire «que le roi n'a jamais permis qu'il y eût des juges à Athènes ; car il ne souffre pas
* Voyage dans le Levant y par l'auteur du Mariage au point de mie chrétien.