‹ Excursions en Roumélie et en MoréeChapitre 147 sur 339 · PARTIE III. — LIVRE III · texte numérisé non relu

PARTIE III. — LIVRE III

Si le traitement d'un sénateur du royaume de Grèce ne s'élève pas comme dans l'empire français à la somme énorme de 30,000 fr. , si les évêques qui reçoivent déjà une pension de l'État sont exclus du sénat , grâce à la prudente loi qui interdit au clergé toute immixtion dans la politique, le traitement des sénateurs est pourtant une charge qui paraît d'autant plus lourde à un pays épuisé par la domination étrangère et par la guerre de l'indépendance, qu'il est assez difïîcile de se convaincre de l'utilité de deux chambres. La chambre des lords et la chambre des communes ont leur raison d'être en Angleterre. La première représente l'aristocratie et la seconde la bourgeoisie, ainsi que son nom l'indique. Dans des pays composés de provinces fédérées comme les États-Unis et la Suisse, on se rend compte de l'existence d'une seconde chambre destinée à protéger les droits des cantons contre les envahissements du principe unitaire, si puissant de nos jours. Mais dans les contrées où la" constitution ne reconnaît ni aristocratie ni cantons autonomes, il semble qu'une assemblée unique comme en Roumanie soit un contre-poids suffisant au pouvoir du prince. Aussi le système

orienlal a-t-il été défendu par beaucoup d'orateurs de la Constituante hellénique, qui trouvaient le sénat parfaitement inutile et nullement conforme aux traditions démocratiques de TOrient. Ces observations étaient d'autant plus fondées que rinamovibilité , garantie d'indépendance, devient illusoire par la faculté laissée au gouvernement de faire des « fournées » de sénateurs, tant que le nombre n'en dépasse point la moitié des députés, faculté qui aggrave encore les inconvénients financiers de cette institution et qui fournit un encouragement à la servilité. En effet, quoique les membres du sénat doivent être choisis dans certaines catégories de citoyens, ces catégories sont tellement nombreuses qu'elles permettent de récompenser par le titre de sénateur toute docilité qui semble éprouvée et qui pourtant expose souvent le trône aux plus étranges déceptions. On eût évité ces inconvénients en respectant les répugnances populaires. « Le peuple, dit un écrivain grec, croyait que les sénateurs seraient d'autres primats , ou du moins une superfétation onéreuse. Un essai de dix ans a prouvé que son instinct avait été admirable. Composé d'éléments sans homogénéité.... le se-

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