PARTIE III. — LIVRE III
bien le droit de se plaindre toujours de lui quand on peut contrôler ses actes ? Comment la France pourrait-elle reprocher uniquement à Louis- Philippe la malheureuse politique qu'il suivait en Italie quand un vote de ses députés suffisait à appeler au pouvoir des ministres plus résolus et plus libéraux ? En Grèce , serait-il possible à un ministère de se maintenir en divisant les meilleurs patriotes , si chacun sentait mieux la nécessité de sacrifier ses prétentions, ses rancunes , ses antipathies , ses intérêts au salut du pays ? N'y aurait-il pas plus de courage civique et plus d'indépendance si le goût des professions agricoles ou mécaniques succédait à la manie des places? Quand un gouvernement trouve devant lui des hommes tels que ceux qui en 1688, en 1789 et en 1830 avaient la ferme volonté de préserver l'Angleterre et la France des inconvévients du pouvoir arbitraire , il est bien difficile que la cause de la raison ne finisse pas par triompher.
Aux yeux de certaines gens , d^ tels conseils sont parfaitement inutiles. A les entendre , l'histoire de la Grèce depuis la promulgation de la constitution de 1844 prouve que son sol est trop
épuisé pour produire jamais de pareils hommes. Examinons si les faits confirment des assertions tranchantes dont les publicistes de nos jours sont beaucoup trop prodigues.
Dans la période qui s'étend des derniers mois de 4844 à la guerre d'Orient, le parti français eut assez d'adresse pour enlever la direction des affaires aux deux autres. Naturellement le pouvoir appartint d'abofd aux promoteurs de la révolution (ministère Metaxas) qui ne parvinrent pas à le garder et auxquels succédèrent M. Mavrocordatos et ses amis. Mais le parti français s'étant rapproché du parti russe, obligea à la retraite le parti anglais , puis , après avoir partagé le pouvoir avec ses alliés (ministère Coletti-
Metaxas), il finit par s'emparer du gouvernement (ministère Coletti). A cette époque « le parti français, dit un écrivain grec*, envahissant la scène politique sur laquelle il avait jusqu'ici figuré en compagnie des autres partis, l'occupe pour longtemps sans partage, et y déploie à son aise tous ses moyens , toutes ses tendances, toutes ses forces, s» Cette situation dura jusqu'en 4846, c'est-à-dire jusqu'à la mort de
* Spectateur de VOrient^ 29» et 30» lîv.