PARTIE III. — LIVRE III
Coletli. Resté alors sans chef, le parti français se confondit momentanément avec le parti de la cour, dont il est loin d'être aujourd'hui Tallié. On a quelque peine à s'expliquer comment la mobilité d'une nation méridionale a pu s'habituer à une si longue domination , qui ne serait pas de nature à montrer dans les Hellènes « le peuple ingouvernable » dont on a tant parlé. Ce fait ne peut pas être attribué uniquement au « génie politique » de Coletti — c'est l'expression de l'académicien Le Bas — ou à la lassitude des partis. M. Mavrocordatos , pour ne citer que le plus éminent des adversaires de Coletti , ne se résigna jamais au triomphe d'un système fort opposé à ses convictions. Il soutint même contre ce système une lutte acharnée qui se prolongea au delà de la mort prématurée de Coletti. Mais celui-ci , appuyé par la France *, à peu près toléré par l'empereur Nicolas qui voyait avec dédain la Grèce essayer d'un régime qu'il méprissait, trouvait dans ses théories un moyen de s'entendre à la fois avec la cour et avec le peuple. Aux yeux de la cour, le chef rouméliote avait l'avantage d'être assez indifférent au système
* Voy. le Moniteur du 24 mars 1845.
parlementaire pour qu'on ait pu lui attribuer celte déclaration ironique prononcée devant la chambre des députés : «Il est vrai que je n'ai pas la confiance de la chambre ; mais la chambre a ma confiance ; donc je reste au pouvoir. »
Les réclamations du parti russe , en faveur du respect d'une constitution qu'il avait si puissamment contribué à fonder ne le touchaient pas davantage. Il demandait ironiquement comment on pouvait admirer en même temps l'inflexible défenseur de l'absolutisme en Europe, et être en Grèce le partisan des idées constitutionnelles. Il ne manquait pas d'en conclure que le système parlementaire étant aux yeux de l'empereur de Russie un dissolvant tout-puissant, il le laissait agir dans la péninsule orientale afin de s'en servir comme d'un auxiliaire dans ses projets de conquête. Nous avons vu depuis plusieurs journaux français, hostiles aux parlements , attribuer à la même cause le zèle des Anglais pour le triomphe du régime constitutionnel dans l'empire français.
L'Angleterre était également accusée par Coletti de contradictions singulières. Cette grande nation, dont le patriotisme est si ardent, s'in-