‹ Excursions en Roumélie et en MoréeChapitre 152 sur 339 · PARTIE III. — LIVRE III. 3Ô · texte numérisé non relu

PARTIE III. — LIVRE III. 3Ô

dignait de voir les Ioniens se tourner vers la Grèce. Occupant seule parmi les puissances chrétiennes une partie du territoire hellénique , elle était plus qu'une autre exposée aux sarcasmes d'un ministre qui justifiait son attachement à la France par le désintéressement que cette puissance montre en Orient. Mais quoique la Grande-Bretagne paraisse tenir peu de compte du principe des nationalités à Corfou , à Malte , à Gibraltar, à Guernesey, où des populations helléniques, italiennes, espagnoles, françaises vivent à Tombre de son drapeau , elle trouvera toujours partout des partisans dans les admirateurs de sa constitution, qui peut se résumer par la fameuse formule : « Le roi règne et ne gouverne pas.» Or, quand le parti anglais venait lui vanter celte formule , Coletti répondait qu'elle ne valait absolument rien en temps de révolution; que les Anglais eux-mêmes n'en avaient fait aucun cas lorsqu'ils luttaient contre Philippe^ II et contre Napoléon. Il ajoutait que la France engagée dans une lutte gigantesque contre l'Europe ne s'était pas non plus préoccupée de la légalité, et que la Convention, le Directoire, le Consulat, l'Empire avaient usé sans scrupule

d'un pouvoir également diclatorial. « Or, disait-il, la révolution hellénique commence à peine. Le royaume n'est qu'une petite portion de la Grèce. Dans l'Asie occidentale, deux millions de nos frères sont encore sous le joug; 1,500,000 Hellènes sont restés esclaves des Ottomans dans la Turquie d'Europe. Et c'eat dans un pareil moment qu'on vient m'eniretenir d'élections influencées , de députés vendus au pouvoir et d'autres misères dont les ministres anglais ne se sont jamais fait aucun scrupule, puisque dans la Grande-Bretagne les élections sont un vaste marché, où tories, whigs et radicaux achètent sans vergogne les suffrages des électeurs ! »

En faisant perpétuellement un appel aux aspirations nationales, Coletti se servait avec une adresse singulière des idées qui ont dominé en France depuis plus de soixante ans. Lui-même semblait, comme les masses, attacher beaucoup moins d'importance à la liberté qu'à l'égalité, dont le triomphe était assuré en Grèce. Sa grande préoccupation, sa préoccupation unique était la délivrance du territoire hellénique. Aimant les Français , comme la plupart des hommes d'État d'origine roumaine , il s'entendait si bien avec

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