PARTIE III. — LIVRE III
les Ottomans des rapports multipliés, elle est disposée aujourd'hui à dire avec M. About : « J'adore la Grèce, » à juger les faits avec plus de sang-froid , et à penser que les peuples , longtemps opprimés , ne sauraient arriver en quelques années à donner au monde l'exemple des qualités exceptionnelles qu'exige un régime sincèrement libéral.
En effet , il n'est aucune nation de l'Occident qui n'ait cherché longtemps et péniblement sa voie avant de prendre possession des libertés salutaires qu'assure l'exercice du gouvernement constitutionnel. Les Anglo-Saxons des deux mondes, dont on cite perpétuellement l'exemple, ont fait dans cette voie autant de faux pas que les peuples du Midi les plus turbulents.
Quoique la constitution anglaise remonte, dans ses principes essentiels , au treizième siècle (4265), elle était encore si mal observée sous Guillaume III — après la révolution de 4688 — que le docteur SarauelJohnson déclarait la « nation insultée par des élections illusoires *. » Les opposants n'avaient pas plus de conscience que les âmes damnées du ministère : « Les patriotes,
* Voy. Hume, Histoire d'Angleterre , liv. XXIÏ.
306 EUBÉE ET CYCLÀDES.
disait sir R. Walpole, se produisent aussi vile que les champignons, j'en ferais naître cinquante en vingt-quatre heures ; j'en ai produit un grand nombre dans une seule nuit. Il suffit de n'avoir point égard à une demande insolente ou déraisonnable^ et voilà tout de suite un patriote qui se déclare *. » Du reste, il est impossible de conserver la moindre illusion sur la corruption politique de l'Angleterre au dix-septième et au dix-huitième siècle, quand on a lu les études approfondies d'hommes tels que MM. Macaulay, Ch. de Rémusat, H. de Bonnechose et Taine, qu'on n'accusera pas certes de manquer de sympathie pour les institutions anglaises. Les élections £ictuelles sont elles-mêmes loin d'être exemptes des scandales constatés dans les élections de la Grèce , scandales qui faisaient dire, en 1854, à un écrivain grec, à un rédacteur du Spectateur de V Orient: «On peut dire que jusqu'en 4853 il n'y eut qu'un nombre excessivement restreint de députés qui pussent se vanter d'être de véritables représentants du peuple. » Les écrits de MM. Rigby Watson*, G. F.
* Coxe's Memoirs of sir Robert Walpole.
*A short and sure way of preventing bribery.