PARTIE m. — LIVRE
4848, s'étonnait avec raison de ce que dans un pays où l'opposition était si populaire, la chambre était toujours ministérielle. Mais lorsque les adversaires de Louis-Philippe l'ont renversé du trône, la Chambre française n'était-elle pas remplie de «satisfaits?» La Constituante, convoquée par les républicains du gouvernement provisoire, n'a-t-elle pas proclamé la République avec enthousiasme? Le Corps législatif du nouvel empire compte-t-il beaucoup d'opposants ? L'Espagne ne présente-t-elle pas le même spectacle et les Gortès ne s'y remplissent-elles pas toujours de ministériels? Si les électeurs sont fort dociles en Grèce , comme M™® de Gasparin l'affirmait en 4847 — et je ne les ai trouvés nullement changés en 4860, — il faut avouer que Marseille, Lyon, Toulouse , Grenade, Madrid, etc., diffèrent bien peu des cités grecques, et que les traditions d'unité , héritage des empires de Rome et de Byzance, laissent dans tout le midi une part encore très-faible au self goveniment. Puisqu'il en est ainsi, pourquoi présenter les Hellènes comme livrés à une servilité et à une corruption exceptionnelles ? Pourquoi, quand des pays si fiers de leurs progrès et
310 EUBÉE ET CYCLÀDES.
de leur puissance, ont donné de nos jours le spectacle 'de défaillances vraiment extraordinaires, s'étonner de voir une nation faible, pauvre, longtemps opprimée, marcher avec lenteur et hésitation dans une route mal frayée? On me dira sans doute encore que je montre trop d'indulgence pour les petits peuples et que je juge trop sévèrement les grands. Mais les premiers ont besoin d'encouragements , les seconds ont assez le sentiment de leur force et de leur haute destinée pour pouvoir écouter patiemment les critiques que Rome n'épargnait pas aux triomphateurs. D'ailleurs , doit-on craindre , au temps où nous vivons, que les apologistes des faibles deviennent fort nombreux ?
Je veux aller plus loin. J'admets pour un moment qu'il n'y a rien d'exagéré dans les reproches faits aux Hellènes , et qu'il ne se passe ni en Angleterre, ni aux États-Unis* — qu'on se rappelle le martyre de John Brown — etc., rien de pareil aux violences et aux fraudes dont la Grèce a été le théâtre. Est-ce une raison pour préférer les Mahométans aux chrétiens,
* On trouve de très-curieux détails dans C. de Witt j Washington,