PARTIE IV, — LIVRE I
couvercle qui féconde Gœa ou la terre * ; puis comme mûrissant et accomplissant toutes choses, enfin comme le ciel brillant qui préside à la marche des astres, sous l'influence duquel se réunissent et se dispersent les nuages , resplendit réclair, gronde le tonnerre et tombent les pluies fertilisantes. Cette généalogie traduit sous des formes mythiques la succession des phénomènes de l'univers , qui a traversé une série de révolutions chaotiques avant d'arriver à Tordre actuel. Aussi le dernier dieu, pareil à l'Indra des Hindous, auPeroun des Slaves, auThovdes Scandinaves, armés comme lui de la foudre, est-il plus dégagé des formes grossières que son prédécesseur, déjà moins matériel qu'Ouranos ; mais il reste, comme les autres divinités, astreint aux lois du « sort i^ ou de <ï la parque i>.
Zeus était destiné à subir des transformations ' propres à confirmer l'idée qu'on avait de la puissance irrésistible du « sort j> , le fatum des Latins. L'immuable majesté du ciel clair, malgré
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(Eschyle.)
320 LA CITÉ d'athéné.
les tempêtes qui obscurcissent son auguste front, son élévation imposante au-dessus des régions où s'agitent les faibles mortels , avaient fait de lui le dieu «très-grand » et «très-auguste », ensuite le «prince des princes», dont les «pasteurs des peuples» sont les ministres et les « nourrissons » , idées qu'on retrouve en Chine , chez les adorateurs de Tien.
Zeus , devenu ainsi le représentant de Tordre dans la nature et dans la société , conserva dans son caractère moral les qualités du ciel brillant. On est assez étonné de retrouver cette confusion des temps primitifs dans une lettre du prince Albert au plus célèbre représentant de la science moderne. «Puisse le ciel, dit le prince-époux, dont vous décrivez si magnifiquement les terrasses étoilées , vous conserver encore bien des années vigoureux de corps et d'esprit* ! »
Mais la philosophie ne permit pas à l'esprit hellénique de s'arrêter dans l'anthropomorphisme , pas plus qu'elle n'a permis aux chrétiens de conserver le Jéhovah du moyen âge , coiffé d'une mitre , d'une tiare ou d'une couronne, revêtu d'insignes royaux ou pontificaux,
* Correspondance de Humboldt, GXXXI.