PARTIE IV. — LIVRE I
giqueraent leur caractère primitivement naturel contre un caractère spirituel d'une rare perfection. )»
Dans l'époque pélasgique, Athéné «aux yeux glauques » n'était qu'un symbole de l'élément humide ; de là l'opposition que les mythes établissent entre elle et Poséidon qui lui dispute le privilège de protéger Athènes. Mais, dans les idées des anciens , l'air se formait de l'eau par voie d'évaporation , sans le concours d'aucun autre élément. Aussi Athéné finit-elle par se transformer en une personnification de l'éther pur et brillant, qui se confond avec le firmament (Zeus) , source de la lumière , de l'intelligence , de la sagesse, du courage éclairé. Elle sort, sans avoir eu de mère , du cerveau de Zeus ; comme l'éther apparaît après l'orage resplendissant d'un éclat merveilleux. Sa lance victorieuse est l'éclair qui fend le sombre nuage. Armée de l'égide ou de la nuée orageuse , elle brave les forces ténébreuses de la nature, et tient tête aux Titans. Le calme qui suit la tempête est le symbole de la fière sérénité de son âme impassible. Puissante comme l'intelligence qui se possède, elle se rit des fureurs aveugles d'Ares . Active
330 LA CITÉ d'athéné.
comme tout esprit pressé d'agir afin de se révéler au monde sous les formes les plus variées , elle tisse , elle brode , elle tapisse avec les doigts vigoureux, mais fins et souples qui brandissent la lance de Pallas «la forte jeune fille. » Trop grande pour rien dédaigner, elle dont la pensée embrasse les cieux , elle protège les laboureurs et les constructeurs des navires , les orfèvres qui parfois atteignent au génie des artistes, les potiers qui peuvent faire des chefs-d'œuvre avec la plus grossière argile. Vigilante comme la science qui connaît à peine le sommeil, elle a pour symbole le hibou .dont le regard pénétrant sonde les ténèbres de la nuit, et que les Athéniens, fidèles à son souvenir., regardent encore comme un oiseau de bon augure. Les premiers chrétiens en avaient la même idée , cet oiseau leur semblant aussi une figure du Logos , choisie par les Prophètes * et sa tête paraissant porter l'image d'une croix. Mais depuis, la multitude a, en Occident, mis le hibou sur la même ligne que le serpent, et bien des gens répéteraient volontiers l'apostrophe de Démoslhène partant pour l'exil : «OAthéné Poliade, comment peux-tu prendre
* Voy. Psaume CI, 7.