‹ Excursions en Roumélie et en MoréeChapitre 168 sur 339 · PARTIE IV. — LIVRE I · texte numérisé non relu

PARTIE IV. — LIVRE I

Grèce formait des hommes d'un goût si pur et si délicat, que le dernier des Athéniens était, en matière d'esthétique, supérieur au plus docte professeur d'Iéna , de Paris ou d'Oxford.

En franchissant la porte méridionale de l'acropole, ouverte au moyen âge, on trouve, à droite, le soubassement du petit temple de la Victoire Aptère {Niké Aptéros) , au-dessous duquel M. Beulé a découvert sur le roc les traces du sentier qui serpentait entre les portes de l'enceinte pélasgique. On y arrive par un escalier qui se raccorde avec l'escalier des Propylées. Détruit sous la domination ottomane^ ce temple a été^ depuis la fondation du royaume , restauré d'après les plans publiés par Spon et par Weller. La statue de Niké qui donnait son nom au monument, non-seulement était sans ailes, mais on l'avait enchaînée , afin qu'elle restât toujours parmi les Athéniens. Cette idée peut paraître singulièrement absurde à ceux qui n'ont pas une connaissance suffisante des croyances indoeuropéennes. Ces croyances admettaient qu'en vertu de certains rites d'une puissance extraordinaire, les divinités pouvaient être liées à des objets matériels , et tomber ainsi sous la domi-

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nation de leurs adorateurs , principe qui , appliqué aux démons , a enfanté la sorcellerie. Les livres sacrés de Flnde contiennent dans ce genre les détails les plus étranges. Le dieu Somaj transformé en boisson , devenait pour les fidèles un principe de force , de vie et même d'immortalité. Eugène Burnouf, dans un très-curieux mémoire sur le dieu Haoma , plus connu sous le nom de Hom , prouve que le Mazdéisme partageait la manière de voir du Brahmanisme. Sans doute, en passant en Europe, cette théologie perdit quelque chose de son caractère absolu ; mais on continua de penser que la consécration des statues pouvait y fixer la divinité dont cette statue était la représentation. De là est néeThorreur de la Bible, horreur encore conservée par rÉglise orientale , pour « les idoles » , qui n'étaient pas seulement aux yeux de la foule des païens de purs simulacres, mais des êtres transformés par le rite consécrateur. Si Ton en doute, qu'on lise dans le Livre de Daniel l'histoire de Bel et de ses prêtres. A cepoint de vue, la possession de la statue de la Victoire était pour les Athéniens d'une véritable importance, importance qu'elle n'eût jamais pu avoir si on l'eût considérée

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