PARTIE IV. — LIVRE I
Le culte des vents , si développé dans le Rig- Véda, le fut beaucoup moins chez les Hellènes. Cependant deux de ces dieux étaient plus favorisés que les autres vents : Boréè avait un temple sur rilissus, et Zéphyre un autel sur la voie sacrée qui menait à Eleusis. Les vents d'orage, plus terribles que Borée lui-même , sont personnifiés dans Homère par les Harpyes , et ces monstres ailés rappellent bien les Marouts de Tlnde que le Rig-Yèda compare à des oiseaux. Les édifices de la religion nouvelle n'ont pas oublié ces symboles du paganisme consacrés au royaume d'Éole, et une des roses de la cathédrale d'Amiens, celle du nord, est réservée aux vents '. Hésiode , qui fait naître Borée , Zéphyre, Notus et Argestès de l'Aurore et du ténébreux Astrœos , donne pour épouse à Chrysaor (la foudre) Callirhoé, dans laquelle il n'est pas difficile de découvrir une personnification de la pluie. La fontaine d'Athènes, qui porte encore le nom de Callirhoé, fut surnommée Ennéacrounos , lorsque, sous Pisistrate, on y eut pratiqué neuf ouvertures. «On se servait de ses eaux, dit Thucydide, pour les usages les plus solennels, et c'est de
* Voy. Gilbert , Description de la cathédrale d* Amiens,
Il "
350 LA CITÉ d'athéné.
l'antiquité que vient la coutume, encore de vigueur de nos jours, d'y puiser pour les cérémonies qui précèdent les mariages et d'autres usages religieux. > La façade monumentale et les statues dont Pisistrate l'avait embellie , ont disparu , et trois bouches sont restées seules visibles. Mais l'eau est aussi bonne et aussi limpide qu'au temps du célèbre historien de la guerre du Péloponèse, et les jeunes plantations qui y ont été faites font espérer qu'un jour on pourra rêver à l'ombre de ces beaux platanes dont parle le plus éloquent disciple de Socrate.
Le temple de Thésée , un des plus beaux d'Athènes, ne se rapporte-t-il point à un ordre d'idées moins naturalistes dans leur point de départ que les divinités dont je viens de parler? Il est certain que l'apothéose a toujours été conforme au génie des nations indo-européennes. Le bouddhisme a tellement exagéré cette idée que l'homme arrivé à la science et à la perfection absolue y remplace la divinité. Les Hellènes pouvaient, sans aller aussi loin, appliquer le principe de l'apothéose aux héros de la Grèce ancienne , comme les Latins l'appliquèrent d'abord aux Césars , et plus tard aux papes , auxquels