PARTIE IV. — LIVRE I
paraissait revêtu de la chape et de Tétole*. La protection que la religion accordait en Grèce aux représentations théâtrales contribua singulièrement à développer dans toutes les classes le sentiment littéraire et artistique. En effet, le théâtre n'était point un privilège réservé à la richesse. Le théâtre de Dionysos, qui est sur le flanc méridional de l'Acropole, pouvait, selon Platon, contenir 30,000 spectateurs; l'Odéon, bâti par un riche Athénien, Hérode Atticus , en l'honneur de son épouse Régilla, grande dame romaine, pouvait en contenir 8 à 10,000. Un portique, construit par Eumène, et qui existe encore en grande partie, unissait ces deux théâtres et mettait le peuple à l'abri de la pluie. En visitant les belles ruines de l'Odéon d'Hérode , situé au-dessous du temple de la Victoire et des Propylées , j'ai pu constater quelle importance attachaient les magistrats à ces nobles distractions , vraiment dignes d'un peuple qui passait avec raison pour le plus civilisé du monde. Placé au sud et abrité par l'Acropole, cet Odéon, jouissait l'hiver d'une température exception-
* Voy. Suard, Histoire du théâtre français dans ses Mélanges de littérature. Paris 1803-1805.
356 LA CITÉ d'athéné.
nelle. Le désir de ménager au spectateur une vue magnifique se retrouve ici comme au théâtre de Dionysos. A l'Odéon, sur la ligne des arcades de la scène , à la hauteur du second rang et en dehors , était une terrasse , d'où Ton pouvait contempler la ville. Transformé en une espèce de forteresse , à Tépoque de l'invasion des barbares , l'édifice qu'Hérode avait fait construire au milieu du second siècle après Jésus-Christ fut recouvert d'un entassement de ruines qui l'a préservé des injures du temps beaucoup mieux que rOdéon de Périclès, lequel a entièrement disparu. Quant au théâtre de Dionysos, on n'avait pas encore fait les fouilles qui ont si bien réussi. L'art dramatique et ses protecteurs étaient encouragés par tous les moyens chez un peuple où l'émulation était si vive. La «voie des trépieds» avait reçu ce nom , parce qu'on plaçait sur les deux côtés de cette voie presque tous les petits monuments sur lesquels se fixaient les trépieds, prix qu'on accordait dans les représentations qui avaient lieu à l'époque des fêtes publiques. Nous trouvons encore sur cette voie le monument choragique de Lysicrate , le plus complet et le plus gracieux des monuments de ce genre qui