‹ Excursions en Roumélie et en MoréeChapitre 185 sur 339 · PARTIE IV. — LIVRE II · texte numérisé non relu

PARTIE IV. — LIVRE II

dans toute la Russie, tandis que les Occidentaux l'admettent seulement dans leurs colonies.

Le cimetière d'Athènes offre aussi un grand exemple de tolérance. Les catholiques romains — qui nous excluent partout de leurs champs funéraires , comme si nous étions des parias — peuvent y reposer en paix à l'ombre des cyprès, des saules et des lentisques. Les réformés n'en auraient pas été exclus s'ils n'avaient préféré avoir un terrain au bord de l'Ilissus. La fraîcheur qu'on respire sous les arbres du cimetière dans un climat aussi brûlant que le climat de la Grèce en fait un véritable paradis. On sait que ce mot grec signifie «ombrage ». Pour le midi , l'ombre est l'idéal du bien-être. Il n'en serait pas de même au nord. Les poètes de YEdda^ qui avaient horreur du froid, ont fait l'enfer de glace. Les monuments du cimetière, qui sont en grand nombre et dont, en général, on doit louer le caractère simple, offrent souvent des symboles empruntés à l'art ancien , comme le génie ailé de la mort , les torches renversées , les couronnes d'asphodèles , etc. Au milieu est la chapelle mortuaire , d'un style byzantin parfaitement approprié à sa destination. Derrière cette cha-

pelle on voit un gracieux monument byzantin qui sert d'ossuaire. Sans admirer l'habitude qu'ont les Orientaux de déterrer les morts, je ne saurais, comme un écrivain français, leur en faire un reproche; car cet usage existe dans tout le midi , et j'ai vu des ossuaires à Lugano, à Naples , etc., sans que personne parût le moins du monde révolté de cette coutume.

A travers les vitres de couleur, on entrevoit la pâle et vacillante lumière d'une lampe qui éclaire des milliers de crânes placés sur de tristes débris, «ce je ne sais quoi qui n'a de nom dans aucune langue humaine * . » Ce spectacle produit des effets conformes aux dispositions des personnes qui le contemplent. Les uns , disciples des Stoïciens, comme l'empereur romain Marcus Aurelius, comme ces fiers patriciens qui sauvèrent, au temps du despotisme des Césars, l'honneur de la nature humaine, apprennent la nécessité de ne pas s'attacher à cette poussière qu'un souffle de vent emporte. Les autres , pareils à l'Épicurien qui parle dans VEcclésiaste * , concluent de la fragilité des choses humaines

^Bossuet.

* Surtout daps le chap. IX, 1-iO.

Page 1