‹ Excursions en Roumélie et en MoréeChapitre 207 sur 339 · PARTIE IV. — LIVRE III. 4 H · texte numérisé non relu

PARTIE IV. — LIVRE III. 4 H

changeantes de Tazur, de la pourpre et de Taméthyste, de nuances tellement merveilleuses qu'elles semblent appartenir au monde où la fantaisie réalise tous ses plus beaux rêves. En face, se dresse le Parnès qui fait par sa vigoureuse végétation contraste avec Taridité de THymette. Entre ces deux monts, s'allongent les flancs du Pentélique dont le vert sommet, qui s'élève jusqu'à IHO mètres, domine un immense horizon. De là , la vue embrasse au sudouest la ville d'Athènes, les sommets dépouillés et rougeâtres de Salamine, le golfe saronique, l'île d'Egine et les monts du Péloponèse; au sud-est l'Hymette et le cap Sunion, où Pallas était adorée dans un sanctuaire célèbre dont plusieurs colonnes ont résisté à l'action du temps et à la fureur des barbares ; au nord-est le champ de bataille de Marathon , l'île d'Eubée avec ses caps et ses baies profondes surmontées par les masses du Delphi et de l'Ocha.

Personne n'est plus que moi disposé à louer la vallée de l'Eurotas et la beauté du Taygète célébrée par Virgile. Mais je trouve qu'on ne rend pas toujours justice aux paysages de l'Attique, surtout au Parnès et au Pentélique. La plaine

d'Athènes doit naturellement produire quelque surprise sur les voyageurs qui viennent de l'Angleterre ou du nord de la France. Ces oliviers dont le pâle feuillage se détache sur un ciel ardent; ces rochers du Lycabète, du Musée, de l'Aréopage et de l'Acropole , brûlés par le soleil de l'Orient ; ces champs où fleurissent Tanémone et le thym , tout cet ensemble qui ravirait un admirateur de la campagne romaine étonne un fils de la brumeuse Albion ou de la verte Normandie. Cette campagne de Rome dont je viens de parler, et dont la magniflcence n'est pas contestée, cet ager romanusy solitude sévère et monotone , ne produit-elle pas d'abord des impressions analogues? Mais en examinant la plaine d'Athènes avec le respect pieux que demande l'étude de la création , où l'Éternel a laissé tant de traces de sa grandeur incommensurable , on y découvre à chaque instant de nouveaux sujets d'admiration. En gravissant les flancs du Pentélique , on s'aperçoit que la montagne s'élève par des pentes tellement insensibles qu'on dirait l'œuvre d'un artiste préoccupé constamment d'observer les gradations qui produisent l'harmonie. Assurément, après avoir contemplé dans

Page 1