‹ Excursions en Roumélie et en MoréeChapitre 211 sur 339 · PARTIE IV. — LIVRE III · texte numérisé non relu

PARTIE IV. — LIVRE III

groupes d'arbres partagés par des chemins trèsbien distribués. Un jour que la reine Amélie me faisait remarquer qu'elle s'était , depuis son arrivée à Athènes , occupée constamment de reboiser la plaine de TAttique, je me disais que le gouvernement devrait bien inspirer le même zèle aux fonctionnaires et aux propriétaires des provinces, quoiqu'une opération aussi coûteuse que le reboisement ne puisse guère se faire sans l'intervention de l'État dont les ressources sont , en Grèce , très-loin d'être proportionnées à l'immensité de la tâche que lui ont léguée des siècles de désastres. L'impartialité oblige d'ajouter que l'emploi de ces ressources laisse souvent beaucoup à désirer.

De Liossia on gagne Ménidi et on grimpe jusqu'à Tatoï, en suivant une route ombragée d'arbres magnifiques. A l'époque où j'y allai voir la famille Soutzos, on était au mois de juillet. Mni« Charles Soutzos , née Cantacuzène , me mena au camp des pâtres albanais , dont les troupeaux paissaient à la place où fut Décélie, cité de 25,000 âoies. Ces Albanais avaient pour chef une femme nommée Gara Japina. Nous vîmes, en allant, battre le blé sur une aire de forme ronde. On ne

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se servait pas d'un fléau comme cela se fait généralement en Occident, mais de planches garnies de barres de fer qui broyaient les épis. Des paysans debout sur ces planches et se tenant par Tépaule excitaient du fouet et de la voix les chevaux, attelés de front, qui les traînaient. Le camp était établi sous des pins superbes. Autour des tentes brunes, le linge séchait sur les branches des arbres. Une pluie fine qui survint nous obUgea à nous réfugier dans une de ces tentes. Des tapis et des outres rempUes de fromage en composaient le mobilier. Le foyer, formé de quelques pierres , était devant la tente. Les femmes portaient un turban gracieusement enroulé. De ce turban sortaient deux boucles sur les tempes et une longue tresse en laine noire qui tombait sur le dos. La chemise était bordée de couleurs vives sur toute la longueur de la manche , ainsi que le tablier étroit et la capote blanche. Une jeune mariée de treize ans, très-parée, et dont le riche trousseau était enfermé dans d'énormes sacs, avait une capote rouge , et un beau fess de la même couleur couvrait sa blonde chevelure. Ses pantoufles et ses guêtres étaient brodées. Les femmes se livraient

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