PARTIE IV. — LIVRE III
européenne. La maison de M™e Rhangavis , qui est d'origine anglaise , ne ressemblait guère à ces tristes tours où les Grecs d'autrefois , timides et ignorants, cherchaient un abri. Nous nous établîmes sur un balcon dominant un jardin rempli du vol d'oiseaux innombrables et du cri des cigales. Souvent la conversation était étouffée par le concert de ces hémiptères , dont Anacréon a , je ne sais trop pourquoi , parlé avec tant d'enthousiame. Nous dînâmes en plein air, au bord du Céphise qui traverse ce jardin , sous un toit de branchages formé avec des lauriers en fleurs , et sur un tapis de plusieurs couches de myrtes. Le toit était assez épais pour nous préserver d'une pluie fine qui survint pendant le dîner. La pluie est si rare en Attique qu'elle me causait chaque fois une véritable satisfaction , parce que l'action de cet air sec produit à la longue une impression peu agréable sur ceux qui n'y sont pas habitués.
On trouve aux environs de Képhissia des promenades vraiment charmantes. A quelque distance du village, il faut aller visiter une des sources du Céphise , dont on admire , dans une citerne carrée , en partie antique , la merveil-
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leuse limpidité. Malgré la profondeur de cette citerne , on y distingue le plus petit caillou. La source , après avoir formé un ruisseau , se dirige en serpentant vers Képhissia. Je me rappelle avec quelle satisfation je m'y arrêtai en revenant de Marathon. A ma droiteVélevaient les flancs du Pentélique. A ma gauche s'étendaient des vergers et des vignes , et un figuier aux feuilles découpées, un grenadier couvert de fleurs de pourpre allongeaient leur ombre sur la source du Géphise, comme pour protéger la blanche naïade contre les ardeurs d'un soleil dévorant. En suivant la route de Ghalcis , on rencontre une grotte où le souvenir des gracieuses déités de la Grèce antique a mieux survécu qu'à la source du Géphise. En effet, cette grotte, qu'on regarde avec raison comme une des curiosités naturelles les plus remarquables de la Grèce , se nomme la « grotte des nymphes » . On y arrive par un vallon où croissent , au milieu des platanes, des lauriers-roses, des clématites et des agnus-castus. De la voûte calcaire tombe, à gauche , une mince cascade qui se répand sur des pierres à moitié couvertes de mousse. A droite, une source plus basse jaillit d'une fente du ro-