‹ Excursions en Roumélie et en MoréeChapitre 217 sur 339 · PARTIE IV. — LIVRE III · texte numérisé non relu

PARTIE IV. — LIVRE III

tifes , et les peintures éblouissantes sur les iconostases ; que l'encens parfume l'air et que la joie de la multitude atteste le triomphe du monde nouveau sur le paganisme. Il me semble qu'en cela la Grèce s'est montrée plus philosophe que l'Église protestante. Pour la multitude accablée par le travail de chaque jour, la gaîté du dimanche n'est-elle pas aussi saine que raisonnable ? 11 va sans dire que je ne parle pas des distractions plus ou moins grossières où peuvent disparaître , en quelques heures , les économies de la semaine ; mais de cette joie sensée qui donne à tous les membres de la famille un délassement salutaire et un encouragement aux fatigues du lendemain. En Grèce, où le paysan n'a aucun penchant à l'ivrognerie, où il redoute même l'usage des boissons alcooliques , où la pauvreté lui enseigne l'esprit d'ordre, où les réjouissances populaires sont instinctivement modérées et décenles, on ne doit jamais craindre que le dimanche dégénère en saturnales. Sans doute, il n'en serait pas de même dans les tristes contrées du septentrion , où l'homme tâche de se consoler de la mélancolie incurable que la nature verse constamment dans son âme , en cher-

chant dans l'ivresse à oublier les soucis de la veille et les inquiétudes que lui réserve la semaine qui commence.

Les ouvriers qui travaillent aux carrières du Pentélique avaient avec bonheur quitté leur rude besogne pour prendre part à la fête. Par une étrange coïncidence, les moines, représentants d'un ascétisme qui a tant contribué à la décadence des arts plastiques, sont aujourd'hui les propriétaires de ces fameuses carrières. Le premier empereur chrétien , qui professait pour saint Antoine , le fondateur des couvents chrétiens, une si vive admiration, — ainsi que l'atteste la curieuse vie du cénobite écrite par saint Athanase — ordonna de briser les statues et de démolir les temples. Les ancêtres de ces mêmes hommes que n'effrayait pas un pareil vandalisme, prenaient les plus grandes précautions pour tirer des flancs du Pentélique la précieuse matière qui a fourni au monde d'innombrables statues et a servi à construire les admirables monuments dont Athènes se glorifie encore aujourd'hui. On voit, par la régularité des cavités , avec quel soin se faisait l'extraction du marbre. Malheureusement, les ouvriers de

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