‹ Excursions en Roumélie et en MoréeChapitre 219 sur 339 · PARTIE IV. — LIVRE III · texte numérisé non relu

PARTIE IV. — LIVRE III

obéissent assez librement à leurs inspirations en matière de toilette. Chaque village a sa mode, qu'on suit avec plus ou moins d'indépendance. Cependant le costume des femmes réunies sur le Pentélique était, avec quelques diversités, ainsi composé : leur tunique blanche était ornée au bas de broderies d'une couleur tranchante, dont le dessin simple et gracieux rappelait les belles formes de Tornementalion grecque. Le corsage de la tunique était court et échancré sur la poiti'ine que la chemise recouvrait. Une ceinture , avec deux grandes agrafes d'argent de forme ronde, serrait leur taille sans l'étrangler. Les tailles de guêpe, cette invention puérile et malsaine de la mode occidentale , ne seraient nullement appréciées sur les versants du Pentélique. Le costume était complété par un étroit surtout de laine blanche , ouvert par devant et sans plis. Les bijoux étaient remplacés par des monnaies d'or et d'argent. Le fess , couronné d'un voile blanc tombant par derrière , était surchargé de ces monnaies disposées en spirale. Elles formaient des colliers plus ou moins bien garnis, tombant sur la poitrine. On voyait même de ces colliers arrangés en boucles d'oreille. Parfois les

436 ENVIRONS d'athènes.

tresses étaient aussi terminées par des pièces de monnaie.

Une fête telle que la solennité de ce jour est une heureuse occasion pour ces laborieuses créatures de montrer leurs plus beaux atours et de se délasser de leurs fatigues. En Grèce , que la femme du cultivateur soit Hellène ou Albanaise, sa condition ne diffère pas. On s'est étonné parfois du peu de temps qu'elles consacrent à leur chevelure, à leurs mains et à leurs ongles; de leur manque d'empressement à se baigner dans les torrents , en un mot de la négligence extrême qu'elles portent dans le soin de leur personne; mais on aurait dû réfléchir à l'étendue de la besogne qui leur est imposée. Les femmes d'Orient, si souvent dédaignées , parce qu'elles ont généralement peu d'imagination , et qu'elles sont fort indifiTérentes à certaines questions qui passionnent les Occidentales , accomplissent en réalité un labeur gigantesque. Il suffit de citer les travaux qu'elles ont faits dans la Maïna. Dans l'ancienne civilisation, l'esclave labourait , bêchait, semait, plantait. La femme vivait au gynécée, et le mari sur la place publique. Le sexe fort n'a guère changé ses habitudes. Mais le chrislia-

Page 1