PARTIE IV. — LIVRE III
nisme, tout en élevant la condition morale de la femme, n'a pas amélioré sa position matérielle. Elle est, dans tout village hellénique, à la fois cultivateur et manufacturier. Tandis que la fille tisse le colon , la mère laboure le champ et nourrit en même temps l'enfant qu'elle porte sur le dos. Loin de s'attrister de la nombreuse postérité qui ajoute chaque jour à ses fatigues , cette matrone résignée regarde cette fécondité comme une bénédiction du ciel. Lorsque je parcourais à cheval la Grèce continentale et le Péloponèse , chaque femme m'adressait cette question : aKyria (Madame), combien avez-vous d'enfants?» Et lorsque je répondais que je n'en avais point, le visage de ces excellentes femmes exprimait une compassion sincère. Comment s'étonner si de pauvres créatures astreintes à une vie si pénible ne conservent pas toujours les formes parfaites des statues grecques , et si fort souvent la majesté assez lourde d'une mère de famille ressemble médiocrement à la grâce un peu prétentieuse de cette Vénus de Médicis , chef-d'œuvre de l'Athénien Cléomènes, que j'admirais naguère à la Tribune de Florence !
Les paysannes de Bitzius (Jérémie Gotthelf)
438 ENVIRONS d'athènes.
ayant du loisir et du bien-être, lisent, discutent et raisonnent. Rien n'est plus commun dans les contrées germaniques , où l'instruction est universelle. J'ai été fort étonnée, pour mon compte, la première fois que j'ai vu , à Dresde, des vendeuses de légumes faire la lecture en attendant les acheteurs. Telles étaient probablement ces marchandes d'Athènes qui trouvaient que Théophraste parlait un grec dénué de correction. De pareilles femmes sont susceptibles de ces sentiments compliqués qui absorbent, fatiguent et charment la race méditative des Teutons. Ces sentiments éveillent nécessairement des tendances romanesques et même passionnées. Aussi Bitzius — et il n'est pas le seul — a-t-il trouvé là mille sujets de romans. Je conseille aux imitateurs, devenus nombreux, du célèbre romancier suisse de ne pas chercher au bord de l'Alphée ou de l'Eurotas des thèmes pareils à Ulric le valet de ferme {VU der Knecht) et à Vlric le fermier {VU der Pœchter). Les paysannes grecques, restées étrangères à tout sentimentalisme , reçoivent uniquement les convictions qui règlent les mœurs de la religion orthodoxe ; car il n'existe pas dans les chaumières de la Grèce,