‹ Excursions en Roumélie et en MoréeChapitre 222 sur 339 · PARTIE IV. — LIVRE III · texte numérisé non relu

PARTIE IV. — LIVRE III

complète est conservée dons les lois de Manou , explique ces usages comme certaines lois de rOccident que le progrès des idées de justice et de liberté n'a pas même entamées.

Tandis que la voiture gravissait lentement la montagne, j'avais le temps de considérer les paysans à mon aise ; car les plus éloignés du Pentélique regagnaient déjà leur demeure. Les uns étaient en famille dans des chars carrés , au-dessus desquels ils avaient étendu une toile blanche ou rose garnie de branches de laurier ou d'arbousier. Les autres montaient un âne ou un cheval. Tantôt passait une vieille femme qui avait attaché de grosses branches d'arbres à sa pacifique monture; tantôt un pallicare, égayé par le vin , du milieu des rameaux qui l'environnaient , adressait à ceux qu'il rencontrait un jovial salut. D'autres pallicares , outre les branches qui ornaient leurs chevaux , en portaient une autre à la main en guise de parasol. Quelques-uns avaient attaché à cette branche un mouchoir blanc ou rouge. Le pallicare produit dans les solennités de la Grèce le même effet qu'un Breton , fidèle au costume celtique, aux longs cheveux et à la braie gauloise, à côté des bourgeois de Rennes ou de

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Nantes. Il représente l'élément persistant qui s'est soustrait en même temps à Tinfluence des habitudes et des costumes modernes, élément dont j'ai pu constater l'existence même dans un pays aussi avancé que la France. Le vêtement des pallicares est-il aussi complètement hellénique qu'ils se l'imaginent? Les uns disent bien que la foustanelle est essentiellement albanaise ; mais les Hellènes aiment à n'y voir qu'une transformation du chiton. Quoi qu'il en soit, la foustanelle représente l'Orient , et le triste habit noir l'Occident. Latins et Teutons , si rarement d'accord, qui n'ont ni le même Recht, ni les mêmes goûts , ni les mêmes tendances religieuses , ni la même philosophie, se sont malheureusement entendus pour donner cette livrée de deuil à la brillante civilisation occidentale. Aussi le pallicare , qui est artiste à sa manière , apprécie-t-il médiocrement cette importation de l'Occident. Quand un ancien soldat desBotzaris, desNikitas , des Karaïskakis passe à côté d'un habit noir, il le considère avec l'expression que Charlet donne aux «grognards» de Napoléon lorsqu'ils daignent abaisser leurs regards sur un « pékin». En arrivant sur le théâtre de la fête, j'y trou-

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