‹ Excursions en Roumélie et en MoréeChapitre 223 sur 339 · PARTIE IV. — LIVRE III · texte numérisé non relu

PARTIE IV. — LIVRE III

vai encore beaucoup de paysans qui avaient tâché de concilier le mieux possible le culte de Dionysos avec celui de la Trinité. Le mouton rôti à la pallicare avait formé la partie substantielle de leur festin. En Grèce, le mouton est la base de Talimentation des gens aisés. De même qu'un Anglo- Saxon vit de bœuf rôti ou grillé, un Hellène qui n'est pas condamné à se contenter, comme le paysan, d'olives, de figues sèches ou d'un peu de poisson salé , fait du mouton sa nourriture quotidienne. Même à Athènes, le poisson étant rare et cher, quoique la mer soit voisine, la cuisine doit s'ingénier à varier l'assaisonnement du mouton. Mais le peuple n'a pas besoin de toutes ces combinaisons. Dans les rares occasions où il mange de la viande, l'agneau à la pallicarelui paraît un régal sans pareil. Ce mets homérique n'est nullement méprisable. J'avouerai même qu'il m'a paru exquis , lorsque , dans les gorges du Parnasse ou dans les marais de Lerne, je pouvais , après une longue course à cheval , dîner à la façon des héros de YHiade^ comme Achille a aux pieds légers d ou Agamemnon c pasteur des peuples». Les paysans du Pentélique étaient certainement de mon avis. Qui sait si ,

444 ENVIRONS d'athènes.

après le festin , plus d'un vieux pallicare n'avait pas examiné Tomoplate du mouton pour voir si les filaments qui s'y dessinaient n'annonçaient pas le prochain départ des barbares pour les steppes du Turkestan? Qui sait si des soldats de la guerre de l'indépendance n'avaient pas bu à la santé des frères de l'Épire , de la Thessalie et de la Macédoine ? Qui sait si quelque pâtre de l'Achaïe, après avoir, dans sa jeunesse, salué le premier étendard de la liberté flottant dans la main de l'archevêque Ghermanos au monastère d'Haghia-Lavra , n'avait pas parlé de le planter bientôt sur les sommets du Pinde , de l'Othrys et de l'Olympe ?

Lorsque j'arrivai sur la plate-forme voisine du couvent, les hommes dansaient entre eux. Les danses étaient cycliques et le caractère en était tellement antique qu'il y manquait seulement l'autel du fils de Sémélé. Les danseurs formaient, en se tenant par la main , un demi-cercle conduit par un coryphée. Lorsqu'il chantait une stance, il se retournait vers eux en continuant de danser. Son chant donnait la mesure. Si l'autel de Dionysos manquait, le Dieu était représenté par une coupe de vin que portait un jeune

Page 1