PARTIE IV. — LIVRE III
de repos à laquelle Louis XIV et M^^ de Maintenon donnèrent si aisément des lois. Les contemporains de la duchesse y qui ont fait tant de choses extraordinaires, renversé Tancien régime, et soutenu contre l'Europe entière une lutte de géants, étaient loin de redouter Texcentricité. Comme on prête toujours aux riches, Toriginalité de l'amie de Marie-Louise est devenue une espèce de légende qui s'enrichit chaque jour de détails plus ou moins mythologiques. Il est certain que M«*e de Plaisance était médiocrement chrétienne ; mais les sujets de Napoléon , élèves des encyclopédistes, étaient, on lésait, peu favorables à l'Évangile. Cependant il faut avouer qu'elle avait un travers dont ils étaient exempts, mais qui méritait quelque indulgence de la part des hommes qui remplacèrent dans la direction du mouvement intellectuel les htlérateurs de l'Empire. Elle s'imaginait qu'une nouvelle religion pouvait succéder à l'ancienne , hypothèse qui a eu un moment assez de vogue pour séduire une intelligence enthousiaste, que des lectures acharnées entretenaient dans une activité perpétuelle. La grave Allemagne elle-même n'y a pas échappé. Qu'ont fait les Schelling, les
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Hegel et les Strauss , sinon d'essayer de substituer au monothéisme de Moïse les théories du panthéisme? La duchesse, dit-on, avait des idées judaïques. La logique ramène toujours à l'Ancien Testament quand on repousse à la fois le christianisme et le panthéisme. Il m'est donc impossible de rien voir là de vraiment extraordinaire. Quant à la terreur que la mort inspirait à la grande dame française, elle n'a pas été moins exagérée que son judaïsme. Si elle laissait inachevées tant de constructions , elle avait une instruction trop réelle pour se figurer qu'une maison terminée était une cause de mort! La foule transforme en mythes tous les faits d'une apparence bizarre. Mais la même vivacité d'imagination qui faisait voir à M^^ de Plaisance les côtés faibles des idées universellement reçues, l'empêchait d'être satisfaite des plans qui l'avaient d'abord le plus charmée. C'est ainsi qu'elle a toute sa vie passé d'un projet à un autre projet, figurant dans sa capricieuse existence et par ses désirs changeants la mobilité d'un de ces siècles de transition où les esprits ardents se demandent naturellement si les lueurs qu'ils aperçoivent à l'horizon sont « le crépuscule qui