‹ Excursions en Roumélie et en MoréeChapitre 228 sur 339 · PARTIE IV. — LIVRE III · texte numérisé non relu

PARTIE IV. — LIVRE III

d'enthousiasme. Lorsqu'elle me racontait comment Byron la prenait sur ses genoux et lui parlait de la Grèce renaissante , je ne me lassais pas de l'interroger sur les scènes mémorables auxquelles elle avait assisté. En entendant la nièce de Gapsalis, héritière de son patriotisme, je croyais voir le capitaine aux cheveux blancs, planant sur Missolonghi envahie par les barbares, et se disposant avec le calme d'un martyr à mettre le feu aux poudres qui devaient, en l'arrachant lui-même à la captivité, anéiantir tant d'ennemis victorieux.

Avant de regagner la ville , je dînai avec la famille Skousé, qui avait aussi invité M. le directeur de l'école hellénique et le rédacteur en chef d'un des journaux d'Athènes. Sans le domestique de M. Skousé, qui servait avec la foustanelle des pallicares , on eût pu croire que les costumes occidentaux avaient complètement supplanté les splendides et pittoresques vêtements de l'Orient. L'influence de l'Occident agit sur les femmes aussi bien que sur les hommes. Les Athéniennes trouvent dans la rue d'Hermès ou dans la rue d'Éole assez d'articles de France et d'Angleterre pour pouvoir suivre aisément les

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modes de Paris et de Londres. Cependant les usages nationaux ne cèdent le terrain que pied à pied. Il n'est pas rare de voir une dame d'Athènes , entourée d'une crinoline digne de figurer sur un trottoir parisien , mettre sur sa tête le fess smyrniote. Mais le temps n'est pas éloigné où dans les principales villes de la Grèce, à Athènes, à Patras, à Naupli, le triomphe des modes françaises ne permettra plus ces arrangements nécessités par la loi impérieuse des transitions.

Lorsque je repris la route d'Athènes , le Pentélique était éclairé par un magnifique clair de lune. Gœthe prétend que la lune de l'Italie est plus brillante que le soleil du nord. Qu'eûl-il dit de l'astre aux rayons d'or qui répandait sa lumière sur les flancs de la montagne ? Qu'eût-il dit de l'éclat et de la bienfaisante influence du soleil ? Sa lumière est à la fois subtile et chaude ; elle enveloppe l'âme d'une suave atmosphère qui assure un libre essor aux facultés engourdies sous le ciel ténébreux du nord. Il semble que les objets inanimés eux-mêmes ressentent son influence. Elle n'a besoin que d'un filet d'eau pour créer une oasis de myrtes et de lauriersroses. L'air qui palpite aux heures brûlantes ne

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