‹ Excursions en Roumélie et en MoréeChapitre 230 sur 339 · PARTIE IV. — LIVRE III · texte numérisé non relu

PARTIE IV. — LIVRE III

pression m'a frappée toutes les fois que j'ai causé avec lui.

Canaris parlait avec modestie des actions mémorables de sa vie*. Il lui semblait que rien n'était fait, tant que des millions de frères resteraient sous le joug des bourreaux de Chios et de Psara; tant qu'il n'aurait pas vengé «les atrocités qui déshonorent l'histoire ottomane et qui ont été renouvelées — en plein dix-neuvième siècle — en face de l'Europe civilisée, immobile*». La politique du gouvernement lui paraissait peu en harmonie avec la vocation militante à laquelle la Grèce devait rester fidèle jusqu'à la complète libération de ses enfants. Sans être hostile à la monarchie, il montrait très-bien quels services le régime municipal avait rendus au pays pendant la guerre de l'indépendance, et il constatait avec quelle facilité merveilleuse il s'était prêté aux nécessités d'une guerre essentiellement révolutionnaire. Cependant l'illustre amiral avait servi le gouvernement du Président , parce que dans sa conviction un gouvernement central assez fort était devenu

* Voy. Les Iles.

* Lavallée, Histoire de Turquie, t. H, p. 320, 2» édit.

II

458 ENVIRONS d' ATHÈNES.

nécessaire pour raeltre fin aux dissensions qui avaient failli compromettre la cause nationale. Les deux Soutzos, au contraire, ne s'étaient jamais entendus avec Capodistrias , qu'ils avaient combattu jusqu'à la fin. En 1860 , sauf quelques hommes qui, sous divers noms, servaient les plans de TAu triche, décidée a réparer en Orient les pertes qu'elle a subies en Italie et qui trouve un appui puissant dans la propagande romaine, les anciens partis s'efforçaient d'oublier leurs vieilles luttes pour en constituer un nouveau avec tous ceux qui consentiraient à mettre au premier rang les intérêts de la nation hellénique. Je fais, pour mon compte, les vœux les plus sincères pour le triomphe de cette pensée vraiment patriotique.

D'autres — je ne l'ignore pas — donnent à la Grèce des avis bien différents t Ils lui conseillent d'imiter certains Bulgares et quelques vieilles femmes russes * qui ont reconnu l'autorité du patriarche de Rome , et d'attendre uniquement de cette Église qui , pour ne citer qu'un exem-

* La correspondance de JA^^ Swetchine , dont quelques imaginations actives ont fait une grande dame, montre assez les tendances absolutistes de cette école.

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