‹ Excursions en Roumélie et en MoréeChapitre 232 sur 339 · PARTIE IV. — LIVRE III · texte numérisé non relu

PARTIE IV. — LIVRE III

splendidement derrière les montagnes de Salamine. A l'opposé^ la lune nageait dans le ciel éthéré au-dessus de l'Hymette, et à ma droite l'Acropole surgissait comme du sein des flots avec ses ruines sublimes resplendissantes de teintes rosées. J'ai vu la pairie de l'auteur de Hertha; mais j'avouerai que ce magnifique spectacle ne me faisait pas regretter Helsingfors, ni la forêt de Standswik, ni les jardins de Tràeskenda.

Des trois ports dont se servaient les Athéniens, le Pirée, Munychie et Phalère, celui-ci est le plus ancien. C'est là, dit la légende, que Thésée s'embarqua pour aller dans l'île de Crète ; c'est de là que le roi Mnesthée partit pour le siège de Troie. Le port était défendu par deux murs, formés de blocs de pierre, dont on voit encore les restes. Une muraille dite phalérique réunissait Athènes au Phalère pour maintenir les communications en cas de guerre. On retrouve des traces des fondations dans la campagne. Le dème, orné des monuments qui embellissaient toutes les communes grecques, a été remplacé par quelques maisons et par une chapelle, construite probablement sur les ruines

du temple. Le littoral lui-même a subi des modifications assez nolables; parce que n'étant pas, comme à Munychie, bordé d'une couronne de rochers , il n'est pas protégé contre les sables jetés par la mer sur la côte, où croissent le jonc, le nartex et le chelidonùim. En outre , Tllissas qui se perd invisiblement dans la Méditerranée , y a charrié du sable. Ces transformations lentes , mais continuelles , en abaissant les collines et même les montagnes , dont les torrents et les pluies transportent le sol et les pierres dans les vallées , tendent à bouleverser toute la constitution du globe, et à changer en une plaine aride, balayée par les vents, la terre que nous habitons. La campagne qui s'étend de Phalèreà Athènes en serait une assez fidèle image. Mais heureusement bien des siècles — si je puis me servir d'un pareil mot pour peindre ces interminables révolutions géologiques — bien des siècles s'écouleront avant que la colline de l'Acropole et l'Hymette soient rongés par ce temps destructeur , dont le vorace Kronos des Pélasges était un symbole imparfait.

Le soir, quand nous retournions du Phalèreà la ville, nous nous arrêtions, W^ Bremer et

Page 1