PARTIE IV. — LIVRE III
qui peuplaient cet espace. Le chemin serpente au milieu d'une végétation si vigoureuse qu'on ne peut s'empêcher de trouver hasardée l'épithète de < stérile j> que des touristes étourdis appliquent à TAtlique en général , et qui ne convient qu'à la côte orientale. Ce sont des groupes de myrtes, de lentisques et d'arbousiers. Les myrtes s'élèvent en Orient à la taille des arbres, et leur corolle argentée fait un charmant contraste avec le calice de pourpre des grenadiers. Le lentisque , dont les fleurs sont disposées en chatons, produit le mastic, larme jaunâtre, demi-transparente, d'une sapeur aromatique et d'une odeur douce. L'arbou^r commun, dont le feuillage est toujours vert, porte un fruit, aimé des oiseaux, qui ressemble à une fraise. Les genêts d'Espagne , dont la corolle est pareille à un papillon d'or, croissent en si grande quantité que, à distance, certains coteaux semblent couverts d'une étoffe resplendissante. Les masses de verdure forment une espèce de parc , et les espaces qui les séparent sont tapissés de thym , d'origan * et d'autres plantes aromatiques qui exhalent, sous ce ciel ardent, d'âpres parfums.
* Ce nom signifie en ^ec ancien : joie des montagnes.
Plus on avance, plus la forêt se dessine. Elle est composée de pins maritimes, arbre d'un vert très-frais , qui forme d'admirables couronnes et dont on extrait la résine. La pomme de pin qui couronnait le Ihyrse pourrait être encore en Grèce un symbole des plaisirs bachiques , puisqu'on mêle au vin la résine qui lui communique un goût que les étrangers trouvent avec raison désagréable. Le dieu qui portait le Ihyrse- détestait les boucs dont la dent ronge la vigne. Il n'en a pas malheureusement détruit l'espèce. Les chèvres, avec les pâtres nomades, sont les dignes continuateurs des Turcs, dont l'insouciance asiatique a détruit en Grèce tant de forêts. Cette partie de l'Attique n'a pas trop souffert de ces dévastations. En suivant des yeux les ondulations du Pentélique , on aperçoit tantôt un tertre riant; tantôt, couronné de pins, un cône brisé dont la roche fortement colorée par un soleil brûlant contraste avec la sombre verdure des vallons; d'autres fois, des fentes d'un pan de rocher, qui s'élève fièrement comme une forteresse lézardée, sortent des pins dont le feuillage murmure au souffle de la brise ainsi qu'une harpe éolienne.