PARTIE IV. — LIVRE III
Stavros, où je fis une station, est précisément abrité par une de ces murailles construites par la nature. On y voit une petite caserne et les ruines d'une église byzantine. Le bord du torrent, qui est à quelques pas et sur lequel est bâti un pont de pierre, est garni de platanes et de lauriers-roses magnifiques. Les pentes du ravin dans lequel coule ce torrent sont garnies de lentisques et de genêts d'Espagne dont le parfum ressemble à l'odeur de l'oranger. Un nid d'hirondelles était suspendu à l'arcade du pont qui le protégeait de son ombre, et ces jolis oiseaux poursuivaient le long du ruisseau les insectes malfaisants dont ils débarrassent le globe. Puissent ces collaborateurs intelligents de l'homme trouver une protection plus assurée que les cigognes ! Un gros serpent qui se glissait dans la verdure prouvait que les reptiles ont mis à profit le départ des oiseaux qui, jusqu'au commencement de notre siècle, leur faisaient en Grèce une guerre salutaire et acharnée et que les anciens défendaient par des lois si sévères*.
Quand on quitte Stavros , le paysage conserve
* En Thessalie, ceux qui les tuaient étaient traités comme des
homicides. (Pline, Histoire naturelle^ liv. X, ch. 23. Plutarque,
his et Osiris).
sa physionomie. L'aspect de la mer vient lui donner un nouveau charme. On a devant soi la mer de Myrtos, dont l'azur rivalise avec celui du ciel. On s'étonne, pour peu qu'on ait quelque instinct de l'art, de trouver des gens qui parlent avec une sorte d'indifférence des paysages de la Grèce. Là même où un soleil dévorant tarit en été les germes de la végétation, la vue de cette mer merveilleuse , où se joue la splendide lumière de l'Orient, ravit l'imagination et repose Tceil aussi bien que les prés verdoyants. Or, dans ua pays comme la Grèce, la mer vous suit constamment. Ces côtes découpées , ces golfes multipliés, ces baies innombrables lui permettent de s'ouvrir une issue partout. Elle entoure cette terre privilégiée d'une ceinture frémissante , où la vie semble palpiter comme dans le sein de la divine Aphrodite.
Je ne me lassais pas de contempler les iles de la mer de Myrtos et les côtes de l'Eubée. Les montagnes d'Andros et de Kéos, le mont Ocha sont disposés de manière à former des ouvertures par où les regards s'égarent sur les flots. Les arbres et les buissons descendent jusqu'au pied de la montagne.