‹ Excursions en Roumélie et en MoréeChapitre 243 sur 339 · PARTIE IV. — LIVRE III · texte numérisé non relu

PARTIE IV. — LIVRE III

mêlaient aux choses saintes. Quoique le dimarque fût originaire de l'île de Kéos, il se croyait obligé en Roumélie d'agir en véritable Rouméliote. Aussi ma chambre ressemblaitelle à un arsenal. Deux fusils de pallicare, une carabine, un fusil de chasse, un yatagan, deux paires de pistolets en étaient le principal omemenl. Au-dessus d'un grand lit en fer était suspendu un pistolet sous une représentation d'un couvent où il n'y a plus de moines, le fameux monastère de la Vierge miraculeuse de Ténos. La Panaghia plane dans les airs tenant dmis ses bras Jésus-Christ et jetant un regard sur la cité qu'elle protège. En sa qualité d'insulaire, le dimarque avait fait plusieurs fois le pèlerinage de Ténos. L'image était entourée de feuilles de laurier et de bouquets de fleurs, souvenirs de la semaine sainte. La femme du dimarque avait conservé le laurier du dimanche des Rameaux et elle attendait, pour le remplacer, le retour de cette solennité. Les fleurs venaient de Yépitaphe, broderie qu'on met le Vendredi- Saint sur une table entourée de fleurs et qui représente le Christ au tombeau. Le tout était surmonté de deux couronnes en clinquant et en

fausses fleurs. Ces couronnes sont, après la cérémonie du mariage, placées au-dessus du lit nuplial, qu'elles ne doivent quitter (jue pour orner le cadavre des époux. Des coffres et une table complétaient l'ameublement de la chambre.

Ma fenêtre donnait sur des jardins entourés de collines. Pour examiner le village qui porte un si grand nom , je me plaçai sur le balcon de la salle où la femme du dimarque m'avait reçue. Au-dessous de ce balcon coulait un petit ruisseau sur un fond de marbre pentélique. Quelques petites filles, protégées par le vaste mûrier qui ombrageait ce balcon , se tenaient les pieds dans l'eau pour les rafraîchir en écoutant la conversation des paysans qui fumaient nonchalamment devant le cabaret, situé à l'étage inférieur et décoré du nom un peu ambitieux de café. Au delà du ruisseau, on voyait l'aire en pierre où se bat le grain dans tout village hellénique. Plus loin , dans des enclos entourés de murs et où se dressaient quelques arbres, j'apercevais des ânes, animal si commun en Orient, et qui, la nuit, remplit Athènes de son braiement. Les cabanes, longues, percées d'une petite fenêtre et

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