PARTIE IV. — LIVRE III
d'une porte étroite , étaient enduites de chaux. Devant une de ces pauvres chaumières , quelques femmes causaient et berçaient du pied un enfant couché dans un tronc d'arbre creusé. Des marmots en chemise et des poules caquetant couraient autour de ces femmes qui chantaient d'une voix mélancolique et monotone.
Nous dînâmes sur la terrasse dont j'ai parlé, à l'abri d'un berceau de vigne. Au-dessous, de souples cyprès élevaient leurs têtes pyramidales , des grenadiers fleuris, d'énormes rosiers en fleur s'épanouissaient à côté des oliviers et des abricotiers. Les hautes herbes qui poussaient au milieu de ces arbres servaient de tapis à des enfants assis en cercle. En dehors du jardin, on voyait cheminer des files d'ânes sur un sentier pierreux, ombragé par des lentisques et des figuiers. Les uns portaient des paysannes, les autres étaient chargés de gerbes de froment mûr. Plus loin, au centre d'un groupe de cabanes, apparaissait la blanche église du village. Dans la direction de la plage , on voyait le tumulus du champ de bataille. Par une échappée, on apercevait la mer qui était d'un bleu et d'un calme sans pareil. A droite, l'île de Patrocle avait l'air
d'un ruban vert entouré d'azur. A gauche , TEubée , aux formes arrondies , se colorait de teintes rosées.
Vers le soir, aux ânes succédèrent, sur le sentier, des femmes et des filles qui allaient à la suite l'une de l'autre puiser de l'eau à la fontaine. Elles avaient sur l'épaule gauche des cruches de forme antique. Un mouchoir de couleur, noué gracieusement derrière la nuque, couvrait leur tête; un corsage de toile, évasé autour du sein , serrait leur chemise ; elles portaient un tablier également en toile. Je profitai de la fraîcheur de cette heure pour me promener dans le village. Le papas, auquel je rendis visite, n'étant pas revenu des champs, où il travaillait à la moisson comme les prêtres des temps apostoliques, j'entrai dans une chaumière. Cette chaumière construite en moellons de marbre roulés du Pentélique par les torrents et entourée de superbes caroubiers aux longues gousses, aux feuilles luisantes et d'un vert bleuâtre, était composée d'une seule pièce. Au milieu, brûlait un feu odorant de thym arborescent. Une jeune fille y faisait cuire des galettes sur des plaques de pierre. En même temps elle