‹ Excursions en Roumélie et en MoréeChapitre 246 sur 339 · PARTIE IV. — LIVRE III · texte numérisé non relu

PARTIE IV. — LIVRE III

dans la mer pour former le cap Marathon. Au delà de ce cap se dressaient à gauche les monts de TEubée d'une nuance bleuâtre. Au-dessus de ces montagnes , Fhorizon prenait une couleur de plus en plus rosée. L'île de Kéos se voilait à droite d'une vapeur violette , non loin du cap Sunion y plus nettement dessiné. Au moment où quelques traits d'un or vif s'élancèrent dans l'espace, la lune, pur croissant d'argent, planait encore au-dessus de la mer d'un azur pâlissant. Le soleil , à son lever, était couvert, comme d'une fine gaze , de quelques légers nuages. Mais quand il eut secoué dans l'espace sa rayonnante chevelure, un torrent de lumière inonda la mer d'Eubée , la mer de Myrtos , les îles et la plaine.

Il me fut alors aisé d'examiner le champ de bataille qui n'a que dix-neuf kilomètres de longueur sur trois de largeur et que bordent des marais, la mer et des collines. Du grand tumulus, qui est au milieu, on en voit la majeure partie. Il présente quatre débouchés, l'un au nord, où était situé le dème Tricorytos; un autre au sud où était le dème Probalinthos ; un ' troisième à l'ouest où était le dème d'Œnoé ; le quatrième, d'après une opinion probable, mais

non incontestable, était celui où était le dème Marathon, dans l'endroit appelé maintenant Vranà.

L'expédition commandée par le Mède Datis et par Artapherne, neveu du roi, ne ressemblait point à celle qui fut, dix ans plus tard, dirigée par Xerxès. Les troupes envoyées par Darius n'étaient point une multitude bigarrée de nomades marchant confusément à la suite du roi des rois. Les héritiers de Cyrus avaient l'habitude d'emmener dans leurs expéditions des Perses, des Mèdes, des Hyrcaniens, dont les habits avaient des dessins variés; qui s'abritaient derrière des boucliers d'osier et qui portaient de courtes piques et des cuirasses à écailles d'acier, pareilles à celles des Normands de Guillaume-le- Conquérant. Les Assyriens combattaient avec des massues de fer ; les Sazartiens avec le poignard. Les habitants de l'Inde lointaine, habillés de coton, coudoyaient l'Éthiopien, qui couvrait son corps peint de la dépouille des lions ou de la peau des panthères. Mais si Darius n'avait pas cru devoir précipiter l'Asie et l'Afrique sur la Grèce , les soldats de Datis et d' Artapherne étaient l'armée d'élite d'une nation

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