‹ Excursions en Roumélie et en MoréeChapitre 247 sur 339 · PARTIE IV. — LIVRE III · texte numérisé non relu

PARTIE IV. — LIVRE III

qui n'était dénuée ni d'énergie ni de tactique. Descendus comme les Hellènes de la noble race indo-européenne , disciples d'une religion tellement épurée qu'on les a nommés « les Puritains du paganisme ]> , les Perses devaient leur haute position en Asie à leur bravoure et à leur persévérance. La concentration de toutes leurs forces sociales et militaires dans les mains d'un souverain , représentant d'Ormuzd , leur avait donné dans la guerre une force jusqu'alors irrésistible. Sous Cyrus ils avaient conquis l'Asie , sous Carabyse ils avaient subjugué l'Afrique. Darius qui avait franchi l'Isler (Danube) avec 800,000 hommes pour attaquer la Scythie (Russie) rêvait la conquête de l'Europe. Cependant le despotisme des successeurs de Cyrus avait peu à peu affaibli le courage des fils de l'Iran. Dans des expéditions chaque jour plus lointaines , ils n'étaient pas soutenus par ce patriotisme ardent qui animait les Hellènes combattant pour de si petits États qu'ils se confondaient presque avec le foyer domestique. D'ailleurs, tandis que la Perse inclinait déjà vers la décadence , la Grèce était dans toute sa force. Ses institutions étaient aussi libres que le comportait l'état social du

monde ancien , sans pencher encore vers l'anarchie. Sa religion, moins philosophique que le dualisme des disciples de Zoroastre, était, grâce au culte des héros, plus propre à exalter l'énergie individuelle et à faire mépriser la mort. Malgré Fénorme disproportion des combattants *, la Grèce, c'est-à-dire l'Europe, avait pour elle ces forces morales qui valent mieux que les gros bataillons. Autrement l'Asie, qui tant de fois a été funeste à la civilisation européenne ; qui , à diverses reprises , a jeté sur notre continent les Huns, les Arabes, les Mongols et les Turcs, flots vivants qui anéantissaient tout à coup le travail des siècles , l'Asie aurait pu étoufier dans son germe une société dont l'avenir était l'avenir même du genre humain.

Les généraux d'Athènes ajoutèrent par leur abnégation et leurs sages dispositions aux avantages qu'ils puisaient dans leur courage personnel. Aristide et ses collègues s'effacèrent pour laisser le premier rang à Miltiade, fils de Cimon, qui, ayant été ^ à l'époque où il gouvernait la Chersonèse taurique (Crimée), témoin de l'expédition

* Les Hellènes étaient 11,000. On croit que les Perses étaient plus de 100,000. Mais Hérodote ne donne aucun chiffre.

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