‹ Excursions en Roumélie et en MoréeChapitre 250 sur 339 · I PARTIE IV. — LIVRE III · texte numérisé non relu

I PARTIE IV. — LIVRE III

sieurs États de TOccident — Torganisation judiciaire laisse tellement à désirer qu'une prompte réforme est regardée comme indispensable par des personnes fort peu suspectes d'être favorables aux innovations.

Si le nom d'Eleusis ne réveille pas d'aussi grands souvenirs que celui de Marathon , il excite pourtant un puissant intérêt. Que de choses semblent cacher ce mot de « mystères > qui exerce encore la sagacité des érudits ! Il faut avouer que l'analogie donne lieu à des suppositions de toute espèce. Nous savons maintenant que les membres du sacerdoce asiatique ont été aussi hardis que ces prêtres romains du dix-huitième siècle qui applaudissaient aux sarcasmes des encyclopédistes. Nous connaissons aujourd'hui les secrets des sanctuaires de l'Inde. La caste brahmanique a révélé à Golebrooke* les systèmes — aussi avancés que les théories de Hegel et de Schelling — de sa philosophie esotérique. Eugène Burnouf nous a montré ce bouddhisme qui compte en Asie trois ou quatre cents millions de

* Voy. Golebrooke, Miseellaneous essays. Londres 1837. Comp. H. Ritter, Geschichte der Philosophie, Hambourg 1829-

498 ENVIRONS d' ATHÈNES. i

sectateurs, aboutissant à un athéisme gigantesque , aussi logique que celui des Feuerbach et des Stirner. La Grèce, cette terre de la libre pensée, a-t-elle été plus timide que l'immobile Asie? On est d'autant moins disposé à le croire qu'il s'est trouvé parmi les anciens Hellènes des hommes assez décidés pour professer les idées les plus contraires au polythéisme vulgaire. Dans un pays où s'enseignaient ouvertement le panthéisme de Zenon, le matérialisme d'Épicure, le scepticisme de PyiThon, s'imagine-t-on qu'on se contentât , dans la plus célèbre des sociétés secrètes, de discourir sur le dévouement de Déméter et sur les mérites de Perséphoné ? L'exemple du brahmanisme prouve que le sacerdoce s'est toujours dédommagé — dans des réunions entourées d'un profond mystère — delà contrainte, souvent rigoureuse, que lui imposent les traditions religieuses de la nation. On s'explique ainsi comment les prêtres ont donné, en général, le signal des révolutions religieuses. Presque toujours, le prétendu novateur n'est qu'un initié qui substitue l'enseignement ésotérique à l'enseignement exotérique. Luther et Zwingli n'ont point l'air aussi révolutionnaires quand on songe

Page 1