PARTIE IV. — LIVRE III
une race éprise des rêves de Tadolescence , qui considérait la vie comme une fêle perpétuelle. Quoique d'autres traditions parlent de lieux moins tristes, l'ancienne Grèce n'aurait jamais imaginé l'Elysée décrit par l'auteur de Télémaque; car cet Elysée est un paradis chrétien et philosophique en même temps; il suffit de jeter un coup d'œil sur la Divina commedia pour voir à quel point les idées du moyen âge sont inférieures à celles du disciple de Descartes.
Le mythe de Déméter et de Perséphoné , qui appartient aux théories naturalistes des premiers temps, devint, grâce aux tendances anthropomorphites des Hellènes, une grande conception Ihéologique et morale. Déméter fut pour eux l'image visible de la divinité bienfaisante qui se manifeste aux mortels par les dons de la nature et qui leur enseigne les connaissances nécessaires à leur prospérité.
L'Hymne à Déméter nous apprend pour quels motifs Eleusis était devenue la terre sainte des populations helléniques et ses habitants un peuple élu qui avait reçu les précieuses révélations indispensables au bonheur et aux progrés de l'humanité.
Perséphoné cueillait dans le champ de Nysa la rose, le safran, la violette, Thyacintlxe et l'iris. Tout à coup , tandis qu'elle se penche sur un narcisse , la terre s'ouvre et le roi des enfers sort de son ténébreux séjour, traîné par ses immortels coursiers. Il saisit la vierge et, malgré sa résistance, la met sur son char étincelant d'or, puis s'enfuit à toutes brides. Hécate et le Soleil sont seuls témoins de ce rapt. Mais la voix divine de Perséphoné parvient aux oreilles vigilantes de sa mère. La déesse, en proie à un violent désespoir, arrache les bandelettes qui ceignent sa belle chevelure , jette sur ses épaules un manteau d'azur, et s'élance à la recherche de sa fille. Pendant neuf jours, la vénérable déité parcourt la terre en portant des torches allumées. Enfin quand brille la dixième aurore , Hécate , un flambeau à la main , déclare à Déméter qu'elle a vu l'enlèvement sans reconnaître le ravisseur. Le Soleil , témoin plus attentif, lui révèle le nom d'Aïdoneus : «Nul des immortels, dit-il^ n'a causé ton malheur, hormis Zeus qui a autorisé son frère à prendre ta fille pour épouse. Mais ce monarque des enfers n'est point un gendre indigne de toi ; c'est l'oncle paternel de ta fille, et