PARTIE IV. — LIVRE III
printemps, tu reviendras des obscures ténèbres pour être un grand prodige aux yeux des dieux et des hommes. » Quoique Perséphoné ait goûté d'un pépin de grenade que le rusé Aïdoneus lui a donné , et qu'elle soit obligée par là de passer la troisième saison de Tannée dans son empire , Déméter se console; elle rend la fertilité au champ de Rharos ; elle initie Triptolèrae et d'autres habitants d'Eleusis aux secrets de l'agriculture et aux rites sacrés qu'il ne leur est pas permis de révéler. Puis elle remonte vers l'Olympe auprès du formidable Zeus. Elle et sa fille veillent sur la terre et accordent une existence heureuse aux hommes qui les honorent.
Cette conclusion de V Hymne à Déméter montre l'importance qu'on attachait au culte de Déméter et de sa fille, dont la pathétique légende devait faire une immense impression sur tout cœur vraiment maternel. Ce culte comprenait les deux idées les plus profondes du polythéisme hellénique , l'enseignement donné au genre humain par la divinité descendue des cieux et la croyance en un monde où se continuait la vie individuelle. Ces deux croyances suflSrent tant que
l'influence asiatique n'eut pas souillé le mythe n *»
primitif, pour donner aux mystères d'Eleusis une action incontestable sur la moralité des populations helléniques. Cette action s'accomplissait d'autant plus facilement que la sympathie et la vénération populaires s'attachaient de préférence à des êtres féminins, en vertu d'un instinct qui porte encore les multitudes indo-européennes à voir dans la femme des attributs plus gracieux que la puissance et la justice.
Les Thesmophoiies, qui avaient en Attique un éclat tout particulier, étaient le. triomphe de notre sexe ; car ces solennités fameuses étaient célébrées exclusivement par les femmes. Les Thesmophories symbolisaient sous une forme populaire les croyances que les Éleusinies représentaient à l'aide d'un symbolisme plus profond. Quel était le sens réel de ces croyances ? Si nous avions les écrits composés sur les mystères — spécialement l'ouvrage de la célèbre Arignoté de Samos , membre de l'école pythagoricienne, sur le culte de Déméter — il serait plus aisé de répondre à cette question. Il semble qu'on se proposât moins de donner un enseignement dogmatique que de communiquer aux âmes certaines inclinations qui résultaient des