PARTIE IV. — LIVRE III
l'immense parti que tirait la politique romaine des étranges décrets dictés aux évoques occidentaux par cet Innocent III qui couvrit de ruines ensanglantées la France méridionale.
Il existait deux sortes de mystères en Thonneur des c grandes déesses. > Les petites Éleusinies se célébraient dans le mois Ânthestérion, qui annonçait la germination printanière ^ symbolisée par l'ascension de Perséphoné. Les grandes Éleusinies, qui étaient consacrées à sa descente aux enfers , coïncidaient avec Tépoque des semailles et étaient en rapport avec les Thesmophories. Dans les premières, Perséphoné jouait le rôle le plus important , et dans les secondes , ce rôle appartenait à Déméter. Depuis le quinze du mois de Boédromion, on commençait à Athènes la célébration des grandes Éleusinies. Le vingt , une procession magnifique accompagnait à Eleusis l'image de l'enfant lacchos , fils de Zeus et de Déméter, qui n'était qu'une forme de Dionysos. La route qu'on suit ne correspond pas toujours à l'ancienne voie sacrée qui menait la théorie à Eleusis , car tantôt elle passe par-dessus et tantôt à côté. Je cherchais à me rendre compte de l'impression que pro-
duisait cette solennité qu'un historien nomme « magnifique et vraiment religieuse*.» Pour la comprendre , il faut vivre un moment par la pensée dans une époque si différente de la nôtre. Vingt ou trente mille personnes manifestaient par des acclamations, par des hymnes, par des danses et par des sacrifices, l'enthousiasme que leur inspiraient Déméter et lacchos. De telles pompes semblaient si saintes, qu'un empereur maître du monde, un philosophe, un soldat comme Julien, comparait avec dédain les fêtes du paganisme au culte, essentiellement spiritualiste et encore sans éclat, de ceux qu'il nommait ironiquement € Galiléens. » Aucun climat, aucune nation ne se prêtait comme la Grèce à ces magnificences d'une religion essentiellement artistique. Sous ce ciel d'une sérénité que le langage ne saurait exprimer, on n'avait pas à craindre qu'un déluge inattendu vînt changer en déroute une procession splendide. Le culte que les Hellènes professaient pour la beauté ne leur eût point permis de mêler aux statues d'une perfection idéale, aux pontifes majestueux, aux vierges char-
* Plutarque, Alcibiade,