PARTIE IV. — LIVRE III. 5H
mantes qui paraissaient dans leurs fêtes, les étonnants contrastes qui choquent les regards dans les processions modernes — même à Florence, l'Athènes occidentale! En héritant du goût des Hellènes pour les manifestations religieuses , les peuples novo-latins n'ont pas conservé la pureté de leur sentiment artistique. Du reste , ce mélange du beau et du laid , des chasubles d'or et des frocs squalides , des capucins aux barbes de chèvre et de jeunes filles dans la fleur de l'âge, s'explique par une dualité d'éléments qui n'existait point en Grèce. Les Hellènes n'étaient pas obligés de concilier, dans leurs pompes, le culte du beau et le culte de la douleur, ni de porter, côte à côte, le type de la beauté, représentée par la Madone, et le type de la souffrance , personnifiée dans le Crucifié. La Grèce est plus logique que l'Italie. La sévère Panaghia n'a rien conservé des formes voluptueuses de l'art païen. Au pied de la «croix de bois qui a sauvé le monde » , elle ressemble tellement au Christ du Golgotha, que l'homme le plus étranger aux mystères de notre foi n'aurait aucune peine à la reconnaître pour la digne mère de celui «qui n'avait pas où reposer la tête».
512 ENVIRONS d' ATHÈNES.
La sombre chapelle d'Haghia Triada (Sainte- Trinité), bâtie sur remplacement de la Porte- Sacrée, vous avertit, en sortant d'Athènes , que, à la Grèce de Périclès, a succédé une Grèce qui , pour éviter la fascination des grands souvenirs mêlés aux tradilions du polythéisme, multiplie partout les symboles d'une théologie spiritualiste ou d'un rigide ascétisme. Ainsi , plus loin , à la place de la maison de Phytalus *■ , où s'arrêta Déméter, s'élève l'église de saint Savas, le moine populaire de la Serbie , l'ascète de race royale. A quelque distance est un petit couvent sur la colline qui porte le nom de saint Élie, la plus austère expression parmi les prophètes de l'Ancien Testament , d'une lutte sans pitié contre les illusions et les voluptés du paganisme. Plus loin encore , le monastère de Daphni s'élève à quelque distance des ruines du sanctuaire d'Aphrodite Philse. Quelles réflexions suggèrent, sur cette route célèbre par tant de solennités païennes, des monuments consacrés aux Savas et aux Elie! Le nom du prophète hébreu n'a-t-il pas surtout un sens profond? Élie — que je n'ai jamais entendu nommer saint en Occident —est
* Personnification de la plantation des arbres.