PARTIE IV. — LIVRE III
et à ses sujets Tagriculture et la a doctrine sacrée? î
Mais il ne faut pas conclure du respect intelligent et profond que la Grèce professait pour la vie agricole qu'elle condamnât l'agriculteur à une existence uniquement matérielle. Après avoir franchi le défilé de Gaïdarion , qui s'ouvre entre le mont Corydalus et le mont Icarus , on trouve le monastère de Daphni, bâti, au point le plus élevé du défilé, sur les ruines d'un temple d'Apollon. Ce temple , construit entre la demeure de Phytalus et la ville d'Eleusis , n'était-il pas fait pour rappeler que l'art et la poésie doivent travailler constamment à tourner vers le monde idéal les âmes les plus vulgaires? De même que la Grèce ne faisait aucun cas de cet idéalisme outré qui, dans l'Inde, a été mortel à une race admirablement douée , et qui nous est unie par les liens les plus intimes : ainsi elle redoutait la prédominance exclusive des appétits matériels , devenue si nuisible aux Babylones charnelles de l'Asie occidentale. La perfection de la vie consistait, à ses yeux, dans un prudent équilibre des deux forces qui constituent l'existence humaine. Mais le jour où cet équilibre fut rompu
par le triomphe d'un sensualisme effréné , triste importation de ce monde asiatique toujours fatal à la Grèce, une réaction devint inévitable.
Le couvent de Daphni , dont l'église est une des plus anciennes du pays , est un monument de cette réaction , qui , comme toutes les réactions, a dépassé le but. L'enceinte du monastère était entourée de cellules. Les deux chambres qui existent encore à l'étage supérieur ont bien le caractère de cet impitoyable ascétisme oriental dont Siméon stylite est l'expression la plus décidée et la plus étonnante. Elles sont si étroites et si basses qu'elles ressemblent à des tombeaux. De là les solitaires apercevaient cette mer inconstante et charmante dont la Grèce païenne faisait sortir la blonde Aphrodite. Combien de ces religieux , pareils aux Antoine et aux Jérôme , ont vu se dresser dans leurs rêves, les séduisants fantômelà des divinités proscrites depuis le jour où la voix tonnante du grand Paul avait parlé aux Athéniens du «Dieu inconnu > ? La victoire de l'idéalisme fut si complète dans ces âmes enthousiastes que tout accord entre la beauté et la croix leur parut une odieuse profanation. De là est née l'antipathie