LIVRE PREMIER
lia crise ministérielle de jauTier t969*
Lorsque j'ai fait mon voyage en Grèce, il n'était pas difficile de constater déjà les premiers symptômes de la crise dont j'ai pu, dans un pays très- voisin S suivre tous les développements.
En 1860, la chambre des députés se montrait si peu docile, — « indocile jusqu'à la licence » , disaient les apologistes * de l'autorité — que le roi se crut obligé de la dissoudre brusquement. Les élections ne contribuèrent nullement à calmer le pays. Les adversaires du gouvernement
* A Florence, à Naples, à Livourne, villes qui ont de perpétuels rapports avec la Grèce.
* La Grèce sous le roi Othon, par M. René de Gourcy , étude publiée le 15 juillet 1862.
se plaignirent des manœuvres employées pour les éliminer de la chambre. Selon eux, les urnes électorales n'avaient point été respectées ; on avait fait voter des morts , supprimé des bulletins suspects qu'on avait remplacés par des votes imaginaires. Quand la ruse n'avait pas sufiS, on avait eu recours à la violence. Une fournée de dix-huit sénateurs, qui ajoutait aux charges déjà si lourdes du budget, leur paraissait en outre complètement injustifiable*.
Le ministère, voulant apaiser l'irritation causée par les élections , ouvrit la campagne législative en essayant de donner une satisfaction à l'opposition. Si mes lecteurs se rappellent ce que j'ai dit des exploits de M. Canaris, ils comprendront sans peine la popularité dont jouit le héros psariote. Quoiqu'il ait été. en 1848 et 1849 ministre de la marine et président du conseil ; qu'il soit rentré au ministère en 1854, il n'a jamais eu à la cour le même succès que parmi le peuple. Les apologistes du roi affirmaient, il est vrai, «que les qualités de Canaris, sa loyale sincérité qui
* Voy. le premier Mémorandum aux trois puissances protectrices de la Grèce , par le docteur A. N. Goudas , au nom des réfugiés de Smyrne, en grec et en français. Gorfou 1862.