PARTIE V. — LIVRE I
ne transige pas , ses habitudes de candide franchise ne lui permettent pas de jouer un rôle éminent sur la scène pohtique de la Grèce*. » On pourrait répondre à un Français que Maximilien de Béthune , duc de Sully, n'était ni moins franc, ni moins loyal que M. Canaris, et que Henri IV aimait mieux supporter ses rudes conseils que de se priver des services dévoués de ce grand patriote. Sans examiner ici si la « franchise » est un inconvénient aussi grave que les diplomates le croient, il est certain que le roi Othon sentait, en 1861, la nécessité de ne pas laisser pour drapeau à l'opposition un nom « si respecté et si populaire ». Il fit donc publier un projet de loi qui accordait une pension de 12,000 dr. à l'intrépide navarque. Mais M. Canaris, qui se plaignit de ce qu'on ne lui avait pas rendu justice , refusa sans la moindre hésitation une réparation qui lui semblait tardive, et il répondit dans le Siècle d'une manière tellement noble , que sa renommée en acquit encore plus d'éclat.
Si la nouvelle Chambre des députés se montra beaucoup plus docile, elle n'eut pas comme
* R. de Courcy, La Grèce sous le roi Othon.
rilluslre marin le mérite du désintéressement. J'ai déjà dit mon avis sur l'indemnité assignée par la constitution aux représentants de la nation. Cette indemnité fut augmentée d'une manière notable , et cet acte déplorable contribua à rendre fort suspecte au pays la souplesse manifestée par la chambre élective dans toutes les occasions. Le rejet du projet de loi sur les mariajges mixtes ne contribua pas non plus à sa popularité. D'après ce projet, tout mariage mixte devait être célébré par un prêtre orthodoxe , et les enfants élevés dans la religion nationale. Sans doute une pareille législation n'est pas, en principe, conciliable avec la liberté des cultes. Mais il ne faut pas oublier que, surtout depuis 1859, la papauté profile des sommes réellement énormes recueillies par la Propagande de Rome et par la Propagation de la foi de Lyon * pour acheter dans toute l'Europe orientale de pauvres ignorants destinés à combler les vides faits dans TEglise romaine par le progrés des lumières en Occident et principalement en Italie. En outre, on savait que la France — qui ne compte pas notre Église
' On trouve les chiffres dans le Dictionnaire de la conversation, art. Propagation de la foi.